«Notre Choix», le nouveau testament d'Al Gore pour résoudre la crise du climat

ENVIRONNEMENT L'ancien vice-président américain reprend son bâton de pèlerin alors que la certitude de ses compatriotes sur la réalité du réchauffement climatique vacille...

Philippe Berry

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Al Gore et son livre Notre Choix, sorti le 3 novembre 2009 aux Etats-Unis
Al Gore et son livre Notre Choix, sorti le 3 novembre 2009 aux Etats-Unis — (montage/DR)
De notre correspondant à Los Angeles

Trois ans et un prix Nobel de la paix après Une vérité qui dérange, Al Gore remet ça. Dans son précédent opus, il s'attelait surtout réveiller les esprits. Avec «Notre Choix: un plan pour résoudre la crise climatique», disponible depuis mardi aux Etats-Unis, il propose un plan d'action. Selon lui, «il n'est pas trop tard» pour inverser la tendance. 20minutes.fr a parcouru les 400 pages de l'ouvrage. Ce qu'il faut en retenir, à quelques semaines du sommet du Copenhague sur le climat.
 
Le titre: changement de vocabulaire
Adieu «réchauffement climatique», place à «crise climatique». Pourquoi le second est-il beaucoup plus à la mode ces derniers temps? Selon un expert qui s'exprimait sur la radio publique américaine NPR, afin de contrecarrer la propagande des sceptiques. De nombreuses émissions politisées remettent en question la réalité du réchauffement climatique, à coup de «chutes de neige record à Las Vegas, où est donc le réchauffement?». Et cela semble marcher: seulement 57% des Américains croient aujourd'hui que les scientifiques disposent de preuves solides confirmant la tendance, contre 71% en avril 2008. Pire, seul un Américain sur trois est persuadé qu'il s'agit de la conséquence de l'activité humaine contre plus de la moitié en 2008.
 
Le postulat de départ: un système cassé
«Les Etats-Unis continuent d'emprunter de l'argent à la Chine pour acheter du pétrole du Golfe et le brûler, détruisant la planète.» Pour Al Gore, ce schéma infernal doit cesser, si nous ne voulons pas que nos enfants nous demandent: «Pourquoi n'avez-vous rien fait?». Le candidat malheureux à la Maison Blanche refuse cependant de jouer les Cassandre. Il l'affirme: «Nous pouvons résoudre cette crise. Ce sera difficile. Mais si nous faisons le choix d'être courageux, je n'ai aucun doute que nous serons victorieux». Une longue route qui passe par un changement de comportement de chacun, mais surtout des politiques. Al Gore réclame «de nouvelles lois et régulations». Selon lui, le sommet de Copenhague, «qui sera sans doute critiqué pour la timidité des avancées», sera un premier pas qu'il faudra ensuite renforcer, comme cela a pu être le cas avec la protection de l'Antarctique.
 
Le principal coupable: le dioxyde de carbone rejeté dans l'air
Le rejet du CO2 dans l'air est à lui seul responsable pour pour 43,1% du réchauffement climatique, selon les chiffres fournis par Al Gore. Premier responsable: la combustion d'énergies fossiles pour produire de l'électricité, devant la déforestation et les transports. La bonne nouvelle, selon Al Gore: «Si l'on arrêtait d'en produire autant de CO2, près de 50% de la quantité présente dans l'atmosphère retomberait et serait absorbée par les arbres, les plantes et les océans.»
 
Énergies alternatives: Al Gore se garde de choisir
Vent, solaire, géothermique, biomasse... Les sources d'énergies renouvelables occupent près de la moitié de l'ouvrage. Contrairement à Une vérité qui dérange, il va beaucoup plus dans le détail, de nombreux citations d'experts/scientifiques à l'appui. Al Gore s'y montre parfois ultra technique et le côté «livre de physique» qui explique comment une turbine électrique fonctionne pourra en rebuter certains. Heureusement, de nombreux schémas et photos font passer la pilule. En politicien qu'il est, Gore ne se met aucune industrie à dos et se contente de souligner les qualités de chaque solution. Il reconnaît cependant que la première génération d'éthanol produit à partir de maïs était une mauvaise solution, avec un bilan carbone désastreux et une déforestation accélérée dans certains pays. Selon lui, le coût initial pour déployer des énergies alternatives est un faux argument, car «dans de nombreux cas, l'investissement conduit sur le long terme à des économies».
 
Le nucléaire? «En perte de vitesse»
Al Gore dresse un classique pour et contre: un meilleur bilan carbone que les centrales charbon, mais cependant bien plus élevé que celui des énergies alternatives –en contant la construction des usines et le transport des matériaux, sans parler du problème du stockage des déchets. Globalement prudent, l'ancien vice-président estime, étude du MIT à l'appui, que le nucléaire est en perte de vitesse. Quant aux réacteurs nouvelle génération, leur coût explose, souligne-t-il.
 
Des derniers chapitres plus mystiques
Al Gore abandonne le ton professoral pour un plaidoyer passionné, en appelant à la responsabilité de chacun pour changer ses habitudes, sa manière de consommer, de penser, même. Il analyse les mécanismes humain du raisonnement, et explique, citant des neuro-biologistes, pourquoi nous préférons l'immobilisme à l'action quand il s'agit d'une menace difficile à cerner, que nos ancêtres n'ont pas eu à affronter. Il pioche même dans la bible, le coran, l'hindouisme et le taoïsme pour en appeler à notre devoir sacré de protéger notre planète. Amen.