« Les entrepreneurs français ont été jaloux »

Recueilli par Faustine Vincent, envoyée spéciale à Johannesburg

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En exil depuis sept mois en Afrique du Sud, le président déchu de Madagascar

, Marc Ravalomanana, participera au sommet inter-malgache, demain à Addis-Abeba, en Ethiopie (lire ci-dessous). Dans un entretien à 20 Minutes, il revient sur la crise qui l'a chassé du pouvoir.

Pourquoi vous adresser à la presse francophone, sept mois après le coup d'Etat ?

Marc Ravalomanana :

Je veux corriger les fausses informations que diffuse la mouvance d'Andry Rajoelina [opposant de Ravalomanana et actuel président de la Haute autorité de transition]. Ils parlent trop, à Madagascar, et monopolisent la conversation. La France et les Etats-Unis pensent que c'est à cause de moi que la résolution de la crise malgache prend du retard, mais c'est faux.

Pourquoi avez-vous été chassé du pouvoir, selon vous ?

Le fond de la crise concerne les intérêts économiques. C'est clair, et c'était bien organisé. Mon but a toujours été de libéraliser et d'encourager la compétition à Madagascar [en ouvrant le marché, notamment aux Etats-Unis, à l'Asie et l'Afrique du Sud]. Les entreprises sont venues en nombre. En 2008, environ 1 000 sociétés étrangères et malgaches ont été créées. Or les entrepreneurs français n'ont pas l'habitude d'avoir de la concurrence. Ils ont été jaloux. Mais la mondialisation est là, donc il faut changer l'état d'esprit des entreprises françaises !

Quel aurait été le rôle d'Andry Rajoelina ?

C'est une marionnette ! Il a été manipulé par les entrepreneurs français et indo-pakistanais, qui n'aiment pas les changements que j'ai introduits avec la libéralisation. Il a fait recruter 150 mutins pour me renverser. On ne pourra pas trouver de solution à la crise tant que les militaires ne retourneront pas à la caserne.

On vous reproche d'avoir confondu votre rôle de chef d'Etat avec vos affaires privées, en organisant l'économie malgache selon les intérêts de votre groupe agro-alimentaire, Tiko...

J'ai toujours mis un mur entre ces deux activités. Et il n'y a pas de monopole de Tiko ! C'est la compétition, même dans les appels d'offres : ce n'est pas toujours Tiko qui a tout raflé !

Vous avez aussi fermé des médias où s'exprimaient des opposants, comme Viva TV.

Viva TV a été fermée temporairement, parce que Rajoelina incitait à la guerre civile et tribale. L'ordre ne venait pas de moi, mais du ministre de la Communication. J'ai juste dit d'appliquer la loi.

Etes-vous prêt à travailler avec Rajoelina dans le cadre d'un partage de pouvoir ?

S'il est prêt à respecter les accords de Maputo [sur la sortie de crise], oui. Mais je n'accepte pas qu'il soit à la tête de l'Etat pendant la transition.

Quel est votre avenir politique ?

Je suis très croyant. Si Dieu le veut, je serai de nouveau président de Madagascar. W