Compromis et compromissions à la tête de l'État

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Avant 2001, c'était un chef tribal pachtoune parmi d'autres. Mais il a vite pris goût aux honneurs de ses nouvelles fonctions de chef d'Etat. Désigné président à la chute des talibans en 2001, puis élu en 2004, Hamid Karzai devient l'interlocuteur obligé des chancelleries occidentales, qui le chouchoutent, persuadées d'avoir trouvé en lui un allié et surtout un rempart à tous les conflits ethniques, lui qui appartient à l'ethnie majoritaire des pachtounes. Elles vont vite déchanter. Malgré les subsides internationaux, l'Afghanistan ne parvient pas à opérer sa mue. Aujourd'hui, soit presque dix ans après le renversement des talibans, l'Etat ne s'est toujours pas doté d'institutions crédibles.

En dépit d'une présence militaire importante, les talibans n'ont jamais été aussi présents, s'invitant à coups d'attentats dans les grandes villes du pays. Et surtout, la corruption est endémique. Les plus grands scandales visent les membres de la famille Karzai et les chefs de tribus pachtounes qui l'assurent de son soutien. A ceux-là, il autorise tout, entretenant un climat de népotisme jusqu'au sommet de l'Etat. Au point qu'aujourd'hui, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton parle de l'Afghanistan comme d'un « narco-Etat ».

« Il n'a aucun projet pour le pays. Il gouverne à l'ancienne, en menant au jour le jour une politique faite de compromis et de compromissions », décrypte Karim Pakzad, spécialiste de l'Afghanistan. Avec pour seul but celui de conserver le pouvoir. Et d'empêcher l'émergence de ceux qui pourraient lui faire de l'ombre. W

A. Le G.