Un deuxième tour inévitable, sans grand espoir de changement

Armelle Le Goff

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Il n'avait plus vraiment d'autres choix. Hier, lors d'une intervention télévisée, le président sortant Hamid Karzai a confirmé la tenue d'un second tour le 7 novembre. La veille, la Commission afghane des plaintes électorales (ECC) avait clairement fait état dans son rapport de fraudes lors du scrutin du 20 août, préconisant l'invalidation de votes dans plus de 200 bureaux. Le score de Karzai tombant à moins de 50 %, un second tour face à son opposant Abdullah Abdullah semblait incontournable.

Malgré son opposition farouche à un tel scénario, le président sortant n'avait d'autre option que de s'y résoudre. L'objectif de l'administration Obama est clair : donner à cette élection toutes les apparences de la légitimité. Un second tour est donc nécessaire pour faire oublier les fraudes du premier. Mais sera-t-il possible de l'organiser ? La situation sécuritaire s'est tellement dégradée en Afghanistan, depuis le début de l'année 2009, qu'il a fallu pas moins de six mois pour mettre en place le premier tour. Comment imaginer qu'en moins de quinze jours (délai imparti par la Constitution), des institutions en déroute puissent mettre en place les infrastructures nécessaires à la tenue de l'élection, à quelques semaines de l'hiver ? Et surtout, dans quel but ?

Pour la communauté internationale, il semble acquis que Karzai retrouvera son fauteuil de président à l'issue du vote. Pourtant, depuis 2001, le chef de l'Etat a surtout apporté la preuve de son inefficacité (lire ci-dessous). Au sein de la population afghane, il a perdu beaucoup de crédit. Mais « Karzai, c'est un moindre mal. On connaît le personnage, ses qualités, ses défauts », explique Olivier Guillard, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Avec plus de 100 000 soldats sur place et une situation sécuritaire qui ne s'améliore guère, la communauté internationale ne veut surtout pas prendre de risques. Sauf qu'en ayant l'air d'accompagner Karzai dans un nouveau mandat de cinq ans, celle-ci se met un peu plus en délicatesse vis-à-vis des Afghans. « A l'impasse militaire, on ajoute une impasse politique », résume Karim Pakzad, chercheur à l'Iris. Rien qui ne risque d'affaiblir les talibans. Ni leurs exactions. W