Contre les explosifs dans le rectum, la fouille au corps et les détecteurs de métaux ne servent à rien

TERRORISME Que faire face à une bombe humaine qui porte des explosifs à l'intérieur du corps? La seule solution serait d'agir sur le déclencheur de l'explosion...

Bérénice Dubuc

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Dix aéroports américains, dont JFK à New York et l'aéroport international de Los Angeles, ont commencé à installer des scanners qui permettent de voir sous les vêtements des passagers, a annoncé le Département américain des Transports.
Dix aéroports américains, dont JFK à New York et l'aéroport international de Los Angeles, ont commencé à installer des scanners qui permettent de voir sous les vêtements des passagers, a annoncé le Département américain des Transports. — David Mcnew AFP/Getty Images/Archives

Une ingéniosité diablement efficace. Si les terroristes regorgent d’idées pour dissimuler les explosifs (dans des ceintures, vêtements imprégnés d’explosif, ou même des assiettes), un islamiste d’Al-Qaida dans la péninsule Arabique (Aqap) est allé au-delà, le 28 août dernier, devenant une «mule terroriste». Autrement dit, une bombe humaine ultime, avec les explosifs placés dans son anus. Il a raté sa cible, le prince Mohammed bin Nayef, qui dirige la lutte antiterroriste en Arabie Saoudite, mais a réveillé les angoisses des services de sécurité mondiaux: comment arrêter une personne qui cache une bombe dans son fondement et échappe ainsi à tout contrôle des détecteurs?
 
Car les techniques de sécurité actuelles ne servent à rien face à ce nouveau mode opératoire. Comme l’a confirmé ADP (Aéroports de Paris) à 20minutes.fr, les explosifs et le système de détonation sont «indétectables», sauf par rayons X. La fouille au corps et les détecteurs de métaux aéroportuaires ne servent à rien. Pas même les derniers scanners en date, dits corporels, qui permettent de voir jusqu’aux parties génitales.

Par ailleurs, il serait impossible de faire passer tous les passagers aux rayons X avant de monter dans l’avion. A la fois pour des raisons économiques et sanitaires - il n’est pas recommandé pour la santé de s’exposer trop souvent ni trop longtemps à ces radiations.
 
Plus de portable, d’ordinateur ou de PDA à bord

 
L’explosif et le système de détonation n’étant pas repérables, c’est le déclencheur de l’explosion qu’il faut cibler. Il ne devrait donc pas y avoir de changement dans les techniques de contrôle des passagers, mais plus probablement «une interdiction totale des téléphones portables en avion», prédit Louis Caprioli, ancien responsable de la lutte anti-terroriste à la DST et aujourd’hui conseiller du groupe GEOS. «Les hôtesses devront récupérer les téléphones des passagers, démunis de leur batterie, explique-t-il à 20minutes.fr, puisque c’est la seule façon de neutraliser complètement les ondes de communication radio.»
 
Pour lui, dans un avenir très proche, «les services de sécurité et les techniciens vont devoir prendre en compte absolument tous les gadgets électroniques», du téléphone à l’ordinateur portable en passant par les PDA, dès lors qu’ils produisent une impulsion électrique, qui pourrait être un signal de déclenchement à distance d’un explosif.
 
Cependant, Louis Caprioli, insiste: ce nouveau mode opératoire d’Al-Qaida est surtout «idéal pour cibler une personne inatteignable, dans un lieu particulier». Et, là encore, les experts en sécurité n’auront pas d’autre choix que de neutraliser complètement les ondes de communication radio, comme cela se fait déjà aujourd’hui dans certains cinémas, pour empêcher le déclenchement de l’engin explosif à distance.