Crise du lait: Le bras de fer s'engage à Bruxelles

EUROPE Sous les fenêtres du bâtiment où doivent se retrouver les ministres européens de l'Agriculture, les producteurs ont prévu de manifester...

M. D. avec agence

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Des producteurs déversent trois millions de litre de lait dans un champ à Ciney, Belgique, le 16 septembre 2009.
Des producteurs déversent trois millions de litre de lait dans un champ à Ciney, Belgique, le 16 septembre 2009. — J. THYS / AFP

C'est sous la pression des producteurs que Bruxelles réagit. Depuis des semaines, ils s'estiment menacés dans leur existence par le faible niveau des prix du lait et appellent à l'aide. Une réunion a donc été convoquée ce lundi par la présidence suédoise de l'Union européenne, à la demande de la France. Paris est en première ligne d'une fronde contre la politique jugée trop libérale de la commissaire européenne à l'Agriculture, la Danoise Mariann Fischer Boel.
 
Effondrement des prix et d'une profession
 

Les producteurs de lait se disent étranglés par la baisse des cours, de plus de 50% dans certains pays par rapport à un pic atteint en 2007-2008. A leurs yeux, la politique de dérégulation dans l'agriculture européenne initiée ces dernières années avec le relèvement en cours des quotas laitiers européens (plafonds de production), puis leur suppression programmée, a entraîné une surproduction ainsi qu'un effondrement des prix.

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La Commission européenne réfute cette explication. A ses yeux, c'est du côté de la baisse de la demande de produits laitiers, consécutive à la crise économique, qu'il faut chercher les raisons de la chute des prix. Alors que les cours commencent faiblement à remonter, Bruxelles se dit conforté dans sa stratégie et relève que le niveau actuel des prix évolue dans la même fourchette que sur la moyenne des cinq dernières années.
 
Paris et Berlin sur la même ligne
 
«On n'aurait pas une telle réaction des producteurs s'ils n'avaient pas goûté à l'or quand les prix ont augmenté très fortement en 2007-2008 avant de retomber», commente un haut fonctionnaire européen. Mais pour répondre aux craintes des agriculteurs et accompagner la fin programmée des quotas - introduits en 1984 pour lutter à l'époque contre la surproduction - Paris réclame aux côtés de l'Allemagne une «nouvelle régulation» du marché du lait.
 
La France a gagné ces dernières semaines le soutien de 18 autres pays. Et le ministre français de l'Agriculture Bruno Le Maire a dit attendre de la réunion de ce lundi «un signal politique clair». Toutefois, la rencontre s'annonce comme un bras de fer. Mariann Fischer Boel, qui quittera ses fonctions d'ici la fin de l'année et n'a plus rien à perdre, a indiqué qu'«aucune décision» ne serait prise lundi.
 
Pas de coup de pouce artificiel
 
La commissaire refuse l'idée d'un soutien artificiel du prix du lait via davantage de subventions, ou par un retour aux quotas laitiers. En revanche, Bruxelles est prêt à étudier une généralisation de la contractualisation des relations entre producteurs laitiers et industriels lors de négociations au niveau national pour assurer des «prix équitables».
 
Paris propose de compléter le dispositif à l'échelle européenne par un système de «volumes indicatifs» de production non contraignants, pour remplacer les quotas. Ils pourraient servir de référence notamment dans les négociations nationales entre producteurs et industriels. Il s'agirait d'«un système volontaire dans lequel la Commission ou un régulateur européen définirait le volume souhaitable de lait à l'échelle européenne», a précisé Bruno Le Maire.