Les sanctions inefficaces depuis trente ans

NUCLÉAIRE es sanctions ont été contre-productives...

F. V.

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De nouvelles sanctions pourraient renforcer la légitimité d'Ahmadinejad.
De nouvelles sanctions pourraient renforcer la légitimité d'Ahmadinejad. — A. KENARE / AFP

Si l'Iran ne montre pas rapidement de signes de bonne volonté, les sanctions seront renforcées, menacent les Occidentaux. Le problème, c'est que celles votées depuis la prise d'otages à l'ambassade américaine à Téhéran, en 1979, se sont révélées inefficaces. « On croit qu'en les renforçant, l'Iran va céder. C'est un pari. Mais depuis trente ans, on le perd. C'est une mauvaise stratégie, mais les Occidentaux veulent essayer quand même », note François Nicoullaud, ex-ambassadeur de France en Iran.

Les sanctions ont en effet été contre-productives. « Elles ont abouti à la pire situation possible : un régime despotique, l'enrichissement nucléaire, des missiles plus performants, la répression intérieure et l'appauvrissement de la population », énumère un expert.

Comment l'expliquer ? D'abord parce que « l'Iran est gouverné par une faction, les Gardiens de la révolution, qui a bénéficié des sanctions économiques en développant le marché parallèle, sur lequel elle a le monopole », souligne Frédéric Tellier, chercheur à l'International Crisis Group. Ensuite, parce que les sanctions réduisent la marge de manoeuvre politique de l'opposition : difficile alors de critiquer le gouvernement s'il s'élève contre les Occidentaux. Le principal opposant à Ahmadinejad, Mir Hossein Moussavi, s'est d'ailleurs dit opposé à de nouvelles sanctions.

La dernière raison tient à la nature du régime des mollahs, qui se nourrit de l'adversité pour exister. Or, fragilisé depuis les mouvements de protestation après la réélection d'Ahmadinejad en juin dernier, le pouvoir serait tenté de s'appuyer sur de nouvelles sanctions pour rebâtir sa légitimité. «L'Occident doute profondément de leur efficacité, mais il n'a pas d'autre instrument. C'est un pis-aller, en définitive », conclut Frédéric Tellier. D'où lanécessité que le dialogue aboutisse.