Téhéran face à l'Occident, le match continue

NUCLÉAIRE es «Six» rencontrent l'Iran aujourd'hui à Genève pour relancer les pourparlers...

Faustine Vincent

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La construction par la Russie de la première centrale nucléaire iranienne à Bouchehr (sud) est terminée, a annoncé mercredi un responsable russe.
La construction par la Russie de la première centrale nucléaire iranienne à Bouchehr (sud) est terminée, a annoncé mercredi un responsable russe. — Behrouz Mehri AFP

La rencontre s'annonce tendue. Une semaine après avoir révélé l'existence d'un second site d'enrichissement de l'uranium sur son territoire, à Qom, l'Iran retrouve aujourd'hui les grandes puissances occidentales, à Genève, pour une réunion cruciale sur son programme nucléaire controversé.

Après quatre ans d'échecs des pourparlers, les six pays chargés de mener les négociations (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie, Chine et Allemagne) tenteront à nouveau de convaincre Téhéran, signataire du traité de non-prolifération (TNP) depuis 1968, de faire toute la lumière sur ses activités illicites. Les Occidentaux redoutent qu'il cherche à se doter de la bombe atomique - au risque d'encourager la prolifération nucléaire dans une région instable -, ce que nie Téhéran. «Le fait que ce pays ait cherché à développer des sites secrets est un signe négatif. Nous voulons qu'il se conforme à ses obligations de transparence vis-à-vis de l'Agence internationale de l'énergie atomique d'ici à décembre», souligne-t-on au Quai d'Orsay. Sinon, «des sanctions devront être prises», a averti Nicolas Sarkozy la semaine dernière. Côté occidental, le discours se veut d'autant plus ferme que l'Iran a multiplié les provocations ces derniers jours en procédant à des tirs de missiles de courte et longue portée. «Avant la réunion, les deux parties ont jugé nécessaire de montrer leur force, souligne un expert. C'est la préparation des catcheurs avant le match.»

La main d'Obama restera tendue

Les déclarations définitives et les pressions exercées de part et d'autre ne signifient pas pour autant la fin de la politique de « main tendue » de Barack Obama envers l'Iran en cas d'échec aujourd'hui. Car si les Etats-Unis ont opté pour la stratégie du dialogue - en rupture avec celle de George W. Bush - , «ce n'est pour la laisser tomber au bout de quelques mois», souligne un fin connaisseur du dossier. «A Genève, les Etats-Unis et l'Iran vont se parler face à face pour la première fois depuis trente ans, poursuit-il. C'est une première prise de contact direct.

La stratégie américaine s'inscrit sur le long terme. Si la réunion d'aujourd'hui n'aboutit pas - ce qui est probable - d'autres rencontres devraient permettre de poursuivre le dialogue engagé.» Hier, l'incertitude planait sur l'attitude qu'adoptera l'Iran aujourd'hui. Le négociateur en chef Saïd Jalili a affirmé qu'il se rendrait à la réunion dans « une approche positive ». Mais quelques heures plus tard, le président Ahmadinejad s'est montré beaucoup moins enclin au dialogue : «Les négociateurs peuvent sûrement adopter la politique qu'ils veulent, mais cela ne nous causera aucun dommage [...]. Notre nation a appris durant les trente dernières années [depuis la Révolution islamique] à tourner toute situation en sa faveur.» Le «match» devrait durer encore quelque temps.