L'opposition massacrée par la junte à Conakry

Faustine Vincent

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Des experts redoutent que les violences ne dégénèrent en conflit ethnique.
Des experts redoutent que les violences ne dégénèrent en conflit ethnique. — SEYLLOU / AFP

« C'est la chronique d'une catastrophe annoncée. » Face aux violences perpétrées depuis lundi en Guinée, une source diplomatique ne cachait pas son désarroi hier. Au moins 157 personnes ont été tuées et 1 253 blessées après la répression d'une manifestation de l'opposition, selon l'Organisation guinéenne de défense des droits de l'homme (OGDH). Mais le bilan est encore difficile à établir : l'armée cacherait des cadavres, tandis que des familles de victimes hésitent à apporter les corps à la morgue de peur d'être arrêtées. Au final, il pourrait donc s'établir à « plusieurs centaines » de morts, selon la même source diplomatique. C'est l'un des pires carnages commis en une seule journée depuis un quart de siècle dans ce pays.

Les violences, condamnées par la communauté internationale, ont éclaté lundi. Des dizaines de milliers de personnes s'étaient rassemblées dans un stade à Conakry, la capitale, pour contester la candidature du chef de la junte au pouvoir, le capitaine Moussa Dadis Camara, à l'élection présidentielle de janvier. « C'était la première grosse manifestation de l'opposition. Une fois la foule réunie dans le stade, la garde prétorienne de Dadis Camara lui a froidement tiré dessus. L'armée a aussi perpétré de nombreux viols autour du stade », raconte à 20 Minutes l'entourage de l'ancien Premier ministre et opposant Sydia Touré, blessé à la tête pendant la fusillade. « Les manifestants n'avaient pas commis d'actes de violence, souligne une source proche du dossier. C'est un massacre délibéré. »

Quand la junte est arrivée au pouvoir par un coup d'Etat sans violence il y a neuf mois, « il y avait un côté joyeux, un peu "Mai 68", poursuit la même source. Dadis Camara avait un discours décousu mais plein de bonne volonté. Les choses ont basculé par la suite. » Rompant les engagements qu'il avait pris devant la communauté internationale, le chef de la junte a en effet décidé de se présenter à la présidentielle. Alors que les exactions des soldats se sont poursuivies hier, des experts redoutent que les violences ne dégénèrent en conflit ethnique opposant notamment les forestiers, l'ethnie de Dadis Camara, aux Peuls. De son côté, le chef de la junte a déclaré lundi soir qu'il était « désolé ». W