Vers une normalisation des relations entre la Turquie et l'Arménie

DEGEL Les deux pays vont signer, le 10 octobre, un accord permettant la réouverture des frontières communes et l'établissement de relations diplomatiques...

Avec agence

— 

Les président turc Abdullah Gul (à gauche) et arménien Serge Sargsyan après une rencontre à Yerevan en Arménie le 6 septembre 2008.
Les président turc Abdullah Gul (à gauche) et arménien Serge Sargsyan après une rencontre à Yerevan en Arménie le 6 septembre 2008. — STR/EPA/SIPA

Comme quoi, tout arrive. La Turquie et l'Arménie, opposées depuis des années sur la question des massacres d'Arméniens par les Ottomans qu'Erevan qualifie de «génocide», signeront le 10 octobre, à Zürich, un accord en vue d'établir des relations diplomatiques, selon Ankara.

Les ministres des Affaires étrangères des deux pays doivent signer deux protocoles, dont les contenus ont déjà été acceptés de part et d'autre lors d'un processus de rapprochement encouragé par plusieurs pays occidentaux, dont les Etats-Unis.

Selon Ankara, la ministre suisse des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, dont le pays a joué les intermédiaires entre les deux pays, sera probablement présente. À Berne, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a indiqué qu'il «est possible que la cérémonie ait lieu en Suisse».

Processus de ratification pas acquis

Opposées de longue date par une histoire commune sanglante, la Turquie et l'Arménie ont annoncé le mois dernier avoir convenu de deux protocoles qui envisagent d'une part l'établissement de relations diplomatiques et la réouverture de la frontière commune, d'autre part la mise en place d'un calendrier pour une série de mesures d'amélioration des liens mutuels.

Pour devenir effectifs, ces deux protocoles doivent cependant être ratifiés par les parlements des deux pays, ce qui n'est pas acquis et devrait prendre du temps. Les efforts de rapprochement en cours sont critiqués par les oppositions des deux pays, qui accusent leur gouvernement de faire trop de concessions.

Le président turc Abdullah Gül a invité son homologue arménien, Serge Sarkissian, au match de football Arménie-Turquie de qualification pour le mondial 2010, qui aura lieu le 13 octobre à Boursa (ouest de la Turquie). Abdullah Gül avait fait en septembre 2008 une visite historique en Arménie, la première d'un chef d'Etat turc dans ce pays, à l'occasion du match aller entre les équipes nationales.

Nagorny Karabakh, l’enclave qui pose problème

La Turquie et l'Arménie s'opposent sur la question des massacres d'Arméniens par l'armée ottomane, pendant la Première guerre mondiale, massacres qu'Erevan qualifie de génocide.

Les massacres et déportations d'Arméniens pendant cette période ont fait plus d'un million et demi de morts selon les Arméniens, 300.000 à 500.000 selon la Turquie, qui récuse catégoriquement la notion de génocide reconnue par la France, le Canada et le Parlement européen.

La Turquie a aussi fermé sa frontière avec l'Arménie en 1993 en soutien à l'Azerbaïdjan, en conflit avec Erevan pour le contrôle de la région du Nagorny Karabakh, enclave peuplée d'Arméniens en territoire azerbaïdjanais. C’est l’un des obstacles majeurs à une normalisation des relations bilatérales. Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a déclaré à plusieurs reprises que son pays n'ouvrirait pas ses frontières avec l'Arménie tant qu'Erevan ne retirerait pas ses troupes de cette région séparatiste de l'Azerbaïdjan, pays turcophone et proche allié d'Ankara.