Roman Polanski arrêté à Zurich: la Suisse attend une «demande officielle d'extradition»

MOEURS Sous le coup d'un mandat d'arrêt américain depuis 1978, le cinéaste a été placé en détention provisoire en attente d'extradition...

N. B. avec agence

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Le cinéaste français d'origine polonaise Roman Polanski s'est rebellé en pleine conférence de presse au Festival de Cannes dimanche, jugeant les questions des journalistes "pauvres", et les accusant de ne "plus s'intéresser au cinéma".
Le cinéaste français d'origine polonaise Roman Polanski s'est rebellé en pleine conférence de presse au Festival de Cannes dimanche, jugeant les questions des journalistes "pauvres", et les accusant de ne "plus s'intéresser au cinéma". — Anne-Christine Poujoulat AFP
Dernière info: Le ministère américain de la Justice confirme avoir émis un mandat d'arrêt à l'encontre de Roman Polanski, se refusant à tout autre commentaire.

Il pensait sans doute que l'affaire était close mais les autorités américaines ne l'entendent vraisemblablement pas de cette oreille. Sous le coup d'un mandat d'arrêt américain depuis 1978 pour une affaire de moeurs, Roman Polanski a été arrêté à son arrivée en Suisse, ce dimanche matin, alors qu'il venait se voir remettre un prix au Festival du film de Zurich.

En début d'après-midi, le réalisateur franco-polonais a été placé en «détention provisoire en attente d'extradition». Selon l'agence de presse suisse ATS, le cinéaste est détenu à l'aéroport de Zurich. Les autorités suisses attendent désormais une «demande officielle des Etats-Unis pour extrader» le cinéaste, a indiqué ce dimanche soir à l'AFP une porte-parole du ministère suisse de la Justice. Pour l'instant, la Suisse n'a reçu qu'une «demande d'arrestation en vue d'une extradition», a précisé la porte-parole, Brigitte Hauser-Süess.

«La politique n'a rien à voir là-dedans»

Le ministère américain de la Justice a confirmé ce dimanche avoir émis un mandat d'arrêt à l'encontre deRoman Polanski, se refusant à tout autre commentaire.

La Suisse «n'avait pas d'autre solution» que de l'arrêter, a affirmé de son coté la ministre de la Justice suisse. «La Suisse n'a pas subi de pression des Américains. (...) La politique n'a rien à voir là dedans», a-t-elle souligné en s'adressant aux journalistes à Berne. La ministre a expliqué que Washington n'a lancé un mandat international contre Roman Polanski que depuis 2005. Elle a également souligné que la Suisse n'avait pas pu arrêter le cinéaste lors de ces précédents séjours sur le territoire helvétique car c'était la première fois que Berne savait à l'avance que le cinéaste allait venir en Suisse.

Eveline Wildmer-Schlumpf a fait valoir que la Suisse n'avait fait qu'appliquer l'accord d'extradition qui la lie aux Etats-Unis comme elle l'a fait dans d'autres occasions. Un peu plus tôt, un porte-parole du ministère de la Justice avait toutefois indiqué que Roman Polanski pouvait faire appel, et qu'une éventuelle décision d’extradition pourrait être contestée auprès du tribunal pénal fédéral, puis du Tribunal fédéral, la plus haute instance judiciaire helvétique. Le ministère avait pris soin de souligner qu'une extradition «ne pourra être prononcée» qu'une fois «le processus judiciaire finalisé.

>> L'affaire Polanski, c'est par ici

Agé aujourd'hui de 76 ans, Roman Polanski avait été arrêté en 1977 à Los Angeles à la suite de la plainte des parents d'une adolescente de 13 ans. Il avait plaidé coupable de «relations sexuelles illégales». Il avait passé 47 jours en prison. Fin janvier 1978, au lendemain d'une réunion entre ses avocats et un juge lors de laquelle ce dernier avait laissé entendre qu'il allait le renvoyer sous les verrous, Roman Polanski avait pris un avion pour l'Europe où il vit depuis.

Depuis, l'affaire n'a jamais été classée malgré la demande, en janvier dernier, de la victime, Samantha Geimer, qui réclamait l'abandon des poursuites. Roman Polanski avait également, un mois plus tôt, en décembre 2008, déposé un recours auprès d'un tribunal de Los Angeles, lui demandant d'abandonner la procédure courant contre lui. Ses défenseurs avaient affirmé avoir mis au jour de nouvelles preuves montrant que le réalisateur n'avait pas bénéficié à l'époque d'une procédure pénale équitable. Dans sa réponse, le 6 janvier 2009, le parquet avait demandé au magistrat de rejeter cette demande tant que Roman Polanski ne se présentait pas lui-même au tribunal: le réalisateur est officiellement «fugitif» aux yeux de la justice américaine.