« éviter le catastrophisme »

Recueilli par Sophie Cois

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Où en le programme nucléaire iranien ?

Bruno Tertrais : Techniquement, ils ont passé un cap au début de l'année. Ils possèdent suffisamment de matière pour fabriquer une bombe, et le lancement d'un satellite en février montre que l'Iran va pouvoir mettre au point des missiles d'une portée de plus de 2 000 km. Mais ils n'en sont pas encore au seuil nucléaire. En raison du contexte politique troublé, Téhéran est probablement dans l'incapacité de choisir dans quelle direction il va orienter son programme. Ce dernier continue, mais en pilotage automatique.

Que peut-on attendre de la réunion internationale du 1er octobre avec l'Iran (lire encadré) ?

Absolument rien. Mais c'est une réunion importante symboliquement : si on veut renforcer les sanctions contre l'Iran à la fin de l'année, il faut montrer qu'on a utilisé tous les moyens possibles avant, et qu'on a cherché à dialoguer avec les autorités iraniennes.

Vous parlez du marché noir de la bombe et d'une « amicale de la prolifération », de quoi s'agit-il ?

Tant qu'il y aura de l'offre et de la demande, il y aura un marché noir du nucléaire, et plusieurs pays y participent. La Corée du Nord pourrait remplacer le Pakistan en tant que fournisseur principal sur ce marché. En 2007, c'est un réacteur nord-coréen qui a été détruit en Syrie par Israël... Dans ce domaine, nous ne sommes pas à l'abri de surprises. La tentation du nucléaire est réelle au Moyen-Orient. L'Iran fait peur, mais il est aussi un exemple pour d'autres pays de la région. La Birmanie semble, elle aussi, intéressée par le nucléaire. Mais il faut éviter le catastrophisme, le risque de terrorisme nucléaire me semble surévalué. W

Le Marché noir de la bombe, enquête sur la prolifération nucléaire, éd. Buchet-Chastel, 18 euros, disponible aujourd'hui.