l'opposition résiste sous une chape de plomb

Faustine Vincent

— 

Le président Mahmoud Ahmadinejad tente de reprendre la main sur la société civile.
Le président Mahmoud Ahmadinejad tente de reprendre la main sur la société civile. — BEHROUZ MEHRI / AFP

Trois mois après la réélection controversée du président Mahmoud Ahmadinejad, l'opposition tente tant bien que mal de poursuivre son combat. Et ce, malgré la chape de plomb qui s'est de nouveau abattue sur l'Iran. « Le discours des candidats réformateurs vaincus à la présidentielle du 12 juin, Mir Hossein Moussavi et Medhi Karoubi [dont le bureau a été fermé hier par les autorités], n'a pas changé. Ils dénoncent toujours un coup d'Etat orchestré par Ahmadinejad, explique Karim Lahidji, avocat et président de la Ligue des droits de l'homme iranienne. Mais, face à la répression croissante du régime, le face-à-face avec le pouvoir n'existe plus que dans les communiqués. Pas dans la rue. »

Terrifiés à l'idée de voir le mouvement de contestation populaire de juin se reformer, les mollahs ont en effet pris leurs précautions. Impossible désormais de se rassembler, même dans les mosquées en plein ramadan. « C'est considéré comme dangereux, explique Karim Lahidji. Le régime vient même d'annuler le rassemblement annuel devant le mausolée de [l'ex-président] Khomeiny ! » Pour contourner cette interdiction, les candidats réformateurs ont appelé leurs partisans à se joindre à la manifestation officielle de la Journée de Qods, qui se déroule traditionnellement après le ramadan. « Ça peut donner des choses inattendues, glisse François Nicoullaud, ex-ambassadeur de France en Iran. Mais bon, la police n'est pas née de la dernière pluie. » Elle a d'ailleurs averti hier qu'elle empêcherait toute manifestation hostile au pouvoir ce jour-là. Particulièrement redoutée par les ultraconservateurs, la rentrée universitaire, pré­vue dans trois semaines, pourrait quant à elle être reportée.

Malgré les intimidations, une partie de la population continue de braver le pouvoir. Une fois la nuit venue, à Téhéran, quelques Iraniens montent encore sur les toits pour crier « Allah Akbar » et « Mort à la dictature ». Des boycotts sont aussi organisés, comme celui des téléphones Nokia, suspecté d'avoir vendu un système de surveillance au gouvernement. « L'esprit de contestation est toujours là », assure une observatrice sous couvert d'anonymat. Mais, surveillés en permanence, les Iraniens hésitent de plus en plus à parler. Les informations filtrant à l'extérieur du pays sont rares. La peur s'est immiscée partout. Sur Twitter, qui avait joué un rôle crucial pendant les manifestations, « il ne se passe plus grand-chose », assure cette même source. Etouffée, la contestation est d'autant plus difficile qu'une centaine de personnalités de la société civile arrêtées en juin - universitaires, journalistes, écrivains, défenseurs des droits de l'homme, réformistes - croupissent toujours en prison. W