Emprisonnée pour avoir porté un pantalon

Sophie Cois (avec AFP)

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Loubna Ahmed al-Hussein (au c.) ne sera pas fouettée pour sa « tenue indécente ».
Loubna Ahmed al-Hussein (au c.) ne sera pas fouettée pour sa « tenue indécente ». — A. SHAZLY / AFP

Elle risquait quarante coups de fouet pour avoir porté un pantalon. Hier, à l'issue d'un procès éclair auquel les médias n'ont pas pu assister, le tribunal de Khartoum (Soudan) a condamné la journaliste locale Loubna Ahmed al-Hussein à une amende de 500 livres soudanaises (140 euros) ou, si elle ne la paie pas, à un mois de prison pour avoir porté une « tenue indécente », composée d'un pantalon large et d'une blouse. « Je ne vais pas payer l'amende, je préfère aller en prison », a-t-elle affirmé, précisant qu'elle allait faire appel. Elle a donc été conduite à la prison des femmes d'Omdurman, la ville jumelle de la capitale soudanaise.

La journaliste est déterminée à batailler pour invalider l'article 152 du Code pénal soudanais de 1991. Il prévoit une peine maximale de quarante coups de fouet pour quiconque « commet un acte indécent, un acte qui viole la moralité publique, ou porte des vêtements indécents ». Une loi que Loubna juge contraire à la Constitution et à la charia (la législation islamique en vigueur dans le nord du Soudan). « Le problème est que cette loi est beaucoup trop vague », explique Dalia Haj-Omar, qui gère le site Internet* que Loubna a mis en place pour médiatiser son combat. Loubna Hussein s'est fait arrêter par la police le 5 juillet, alors qu'elle était dans un restaurant de Khartoum avec douze autres femmes. Après avoir démissionné de la mission des Nations unies au Soudan, un travail qui lui conférait pourtant l'immunité diplomatique, elle a fait envoyer des invitations aux journalistes pour assister à sa flagellation en cas de condamnation. Un travail de médiatisation fructueux : son cas a suscité une vague d'indignation dans le monde, et Loubna a reçu de nombreux soutiens à l'étranger. Selon Marie-Claude Gendron, d'Amnesty International, le fait que les coups de fouet aient disparu dans le verdict « est une petite victoire. C'est un geste d'apaisement du gouvernement, qui se serait bien passé de cette publicité internationale, mais il ne règle pas le problème de cette loi. » Devant le tribunal, plus d'une centaine de manifestants s'étaient réunis en soutien à la journaliste. Des violences ont éclaté avec les forces de l'ordre, faisant trois blessés. W

* www.iamlubna.com