Gabon: Les habitants fuient Port-Gentil après une nouvelle nuit de violences

TENSIONS Ce malgré l'appel au calme lancé par le nouveau président Ali Bongo...

Avec agence

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Une camionnette retournée sert de barricade dans une rue de Port-Gentil (Gabon), samedi 5 septembre 2009, trois jours après l'officialisation de l'élection d'Ali Bongo à la présidence.
Une camionnette retournée sert de barricade dans une rue de Port-Gentil (Gabon), samedi 5 septembre 2009, trois jours après l'officialisation de l'élection d'Ali Bongo à la présidence. — AFP

De nombreux habitants de Port-Gentil (ouest du Gabon) quittaient dimanche matin leur ville, où un calme relatif régnait après de nouvelles violences survenues dans la nuit malgré le couvre-feu.

«Je préfère quitter Port-Gentil pour sécuriser ma famille», a expliqué un homme interrogé par l’AFP au sud de la ville où plusieurs centaines de personnes munies de légers bagages se pressaient pour prendre des pirogues. Située sur la presqu'île de Mandji, à une centaine de kilomètres de Libreville, Port-Gentil n'est accessible que par bateau ou avion, aucune route ne la reliant au reste du territoire gabonais. Les compagnies aériennes ont suspendu leurs vols vers la ville en raison des violences.

Selon plusieurs témoignages, l'exode a commencé depuis le 3 septembre, au premier jour des violences ayant suivi l'annonce de l'élection à la présidence d'Ali Bongo, fils du défunt président Omar Bongo Ondimba.

Ne pas revivre 1990

«Nous partons pour éviter de vivre ce que nous avons vécu en 1990», lorsque la ville a été théâtre de graves émeutes, pillages, incendies de bâtiments publics et privés après la mort suspecte d'un opposant originaire de Port-Gentil, a expliqué Virginie Koumba, une mère de famille. A l’époque, «nous avons connu les violences, la faim, le manque d'eau et d'électricité», a-t-elle expliqué.

Plusieurs grosses pirogues à moteur, ayant chacune à bord des dizaines de personnes, ont quitté les embarcadères du Quai-Rivière et du port et certains habitants se plaignaient d'une augmentation du tarif du voyage, passé de 10.000 FCFA à 20.000 FCFA (15,25 à 30,50 euros).

Pillages et barricades


Des violences ont éclaté samedi soir pour la troisième nuit consécutive à Port-Gentil, capitale pétrolière du Gabon, après l'appel au calme lancé par Ali Bongo, dont l'élection à la présidence est contestée par ses rivaux.

Placée sous couvre-feu après des violences post-électorales qui ont fait au moins deux morts depuis jeudi, Port-Gentil, est devenue à nouveau le théâtre d'émeutes, selon une source militaire qui expliquait samedi en début de soirée que l’armée était «en train de disperser des pillards en utilisant des gaz lacrymogènes à Matanda», un quartier populaire situé au sud de Port-Gentil. D'autres pillards, selon la même source, ont été signalés peu après à Salsa, un quartier à l'est de la ville.

Ces groupes très mobiles ont installé des barricades sur les principales voies de Port-Gentil pour empêcher les véhicules des forces de l'ordre de circuler. Un nombre important de militaires s'est également déployé au carrefour du Château où avaient éclaté les violences de jeudi et vendredi, selon la même source (la société pétrolière Total a organisé samedi un «repli temporaire» de ses salariés basés à Port Gentil).

«Nous savons que les résultats sont faux»

«Il faut absolument que le calme revienne sur toute l'étendue du territoire», avait déclaré Ali Bongo dans un entretien à Radio France internationale (RFI) juste avant que n'éclatent les nouvelles émeutes.

«Nous sommes un pays de droit et il y a donc des institutions qui sont là pour tous ceux qui ont des recours» à présenter, a déclaré le nouveau président, faisant référence sans les nommer à l'ex-ministre de l'Intérieur André Mba Obame (officiellement arrivé en deuxième position) et l'opposant historique Pierre Mamboundou (3e) qui s'affirment tous deux victorieux.

Les résultats de la présidentielle «sont faux», ont réaffirmé samedi à Libreville plusieurs candidats malheureux au scrutin, dont André Mba Obame. «Nous savons que les résultats annoncés par le ministre de l'Intérieur sont faux», a également déclaré l'ancien Premier ministre Jean Eyéghé Ndong, qui s'était désisté en faveur de l’ancien ministre de l’Intérieur.

Bongo ne veut pas de l’UA

Le gouvernement gabonais a fait savoir qu'une nouvelle mission de «diplomatie préventive» au Gabon du Sénégalais Moustapha Niasse, émissaire de l'Union africaine (UA) «ne se justifie pas», affirmant qu'un calme progressif s'installait dans le pays.

L'UA avait indiqué vendredi qu'elle prévoyait «de dépêcher» Moustapha Niasse à Libreville «dans la poursuite de ses démarches de diplomatie préventive», après une première mission effectuée du 24 au 29 août.