Ali Bongo président, le gabon sous tension

Faustine Vincent

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De nombreux Gabonais le redoutaient, Ali Bongo l'a fait. Le fils aîné de feu Omar Bongo, resté au pouvoir pendant quarante et un ans, a été officiellement élu président hier avec 41,73 % des voix, devant ses rivaux André Mba Obame (25,88 %) et Pierre Mamboundou (25,22 %). Mais ce résultat, annoncé avec un jour de retard, ne convainc pas. Obame dénonçait dans la soirée un « coup d'etat électoral » et se déclarait vainqueur, alors que des incidents éclataient dans plusieurs villes du pays.

« Ce scrutin est une imposture, explique à 20 Minutes Marc Ona, figure de proue de la société civile au Gabon, qui comme 55 % de ses compatriotes, selon un chiffre officieux, n'est pas allé voter. Tout le monde sait qu'en réalité Ali Bongo ne peut pas gagner cette élection. Il est trop impopulaire. D'après les procès-verbaux des votes collectés par les représentants de chaque candidat, il a perdu à Libreville [qui regroupe 40 % de l'électorat], à Port-Gentil et à Oyem, ce qui le place en troisième position. Comment a-t-il pu finalement arriver premier ? »

Face aux soupçons de fraudes massives orchestrées par le clan Bongo, la réaction des opposants n'a pas traîné. Avec la France en ligne de mire d'une partie des violences. A Port-Gentil, le consulat général a été incendié. Des installations du groupe pétrolier Total ont aussi subi des dommages. Dans la capitale, Libreville, des jeunes ont proféré des menaces contre les Français. « Les Blancs, on va les tuer ! », ont entendu des journalistes. Pour parer à toute éventualité, des militaires français ont été « sollicités », a précisé Paris, qui dispose d'une base au Gabon, avec un millier d'hommes. Les dix mille ressortissants français installés dans le pays ont, pour leur part, été invités à « rester chez eux ».

Nicolas Sarkozy, qui a martelé avant le scrutin que Paris « n'a aucun candidat », n'aura manifestement pas con­vaincu. « La France est soupçonnée d'avoir soutenu Ali Bongo. Ce n'est un secret pour personne, explique Marc Ona par téléphone, tandis qu'un coup de feu retentit à quelques pas de sa maison, à Libreville. Je lance un avertissement à la France : les stratèges de l'Elysée se trompent, il faut en finir avec cette politique ambiguë et le soutien à un système politique qui appauvrit les gens, parce qu'ils ne le toléreront plus. »

De son côté, la France a dit hier être en contact avec les trois principaux candidats. Pas sûr pour autant qu'elle parvienne à apaiser les partisans des deux ex-favoris. Peu après la proclamation des résultats, ceux de Pierre Mamboundou - blessé à la tête lors de la dispersion d'un sit-in devant la Commission électorale - ont attaqué la prison de Port-Gentil et libéré les prisonniers. Ils se sont ensuite dirigés vers le centre-ville, où des barricades ont été dressées, selon l'AFP. « Ça va dégénérer, avertit un observateur gabonais. Tout le pays est au bord de l'embrasement. » W