Allemagne: Horst Schlämmer déride la campagne électorale

FEDERALES Le candidat fantasque est devenu un véritable phénomène médiatique et 18% des électeurs se disent prêts à voter pour lui...

Elodie Lestrade et Paul Ackermann

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  — T. SCHWARZ / REUTERS

Son look est on ne peut plus ringard. Avec ses dents sales, son accoutrement démodé et son accent rocailleux, Horst Schlämmer est crédité de 18% aux élections fédérales, selon le très sérieux institut Forsa.

Il faut dire que son programme a de quoi attirer. Avec son slogan «Yes, Weekend» et des propositions plus séduisantes les unes que les autres: la chirurgie esthétique gratuite pour tous, le droit de fumer dans les avions ou encore l'annulation des points de pénalisation sur le permis de conduire. Pour ne rien gâcher, Horst Schlämmer est honnête. Quand on lui demande comment il financera toutes ces mesures, il répond, imperturbable: «Franchement, je n’en ai aucune idée.»

Un mélange de Borat, Raphaël Mezrahi et Coluche

Seul problème: Horst Schlämmer n’existe pas. Il s’agit en réalité du comédien néerlandais Hape Kerkeling. Le Zeit nous apprend que c’est en 2005 que «Hape Kerkeling lance cette figure culte de journaliste qui fait des fake-interviews». Un peu à la manière de Borat aux Etats-Unis ou Raphaël Mezrahi en France. Et alors que la campagne électorale bat son plein en Allemagne, l’acteur et réalisateur a décidé de remettre le personnage au goût du jour et de présenter le film «Isch kandidiere» (traduire: «Che chuis candidat», ndlr). Dont voici la bande annonce (en allemand):



Horst Schlämmer fait le bonheur des médias

Dans la plupart des médias allemands, on se réjouit de l’apparition inespérée de ce «candidat». Historiquement, nous rappelle le Spiegel, «l’Allemagne a tout fait depuis 1945 pour que la politique soit aussi ennuyeuse que possible (...). Le consensus et le compromis sont de rigueur et les scandales ont tendance à être trop compliqués ou trop banals pour que l’observateur lambda ne s’y intéresse longtemps. Cela s’est empiré au cours des quatre dernières années.»
 
Par conséquent, peut-on lire, «les médias, qui cherchaient à tout prix quelque chose à se mettre sous la dent pendant cette campagne sérieusement ennuyante, se sont immédiatement jetés sur la campagne de Kerkeling».

Un symbole de «la misère de nos hommes politiques»

Le candidat, qui rappelle un certain Coluche en 1981, fait également le bonheur des électeurs. On se l’arrache puisque comme le raconte FAZ, à Cologne, «chaque citoyen, qu’il soit jeune ou vieux, entrepreneur ou vendeur en kiosque tire une petite fierté car tous sont sûrs qu’il vient un peu de leur ville. Horst Schlämmer a non seulement un nom très similaire au maire actuel, Fritz Schramma, il lui ressemble aussi beaucoup et parle presque comme lui.»

Pour Die Welt, la plaisanterie n’en est pas tout à fait une. «Horst Schlämmer montre la misère de nos hommes politiques. Son slogan [avec fautes d’allemand, ndlr]: «Ce que vous ne pouvez pas faire, moi aussi» («Wat die nicht können, dat kann ich auch») est un miroir. Le populisme transforme effectivement les hommes politiques en clown. La majorité de la population s’en amuse», s’emporte le quotidien.  

Les élections doivent avoir lieu dans cinq semaines en Allemagne et la réélection d’Angela Merkel est quasiment assurée.