Arctic Sea: les autorités russes laissent planer le doute

Paul Najafi

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 Une photo non datée du cargo Arctic sea.
 Une photo non datée du cargo Arctic sea. — AFP PHOTO / SOVFRACHT

Les autorités russes ont levé le voile, ce mercredi, sur les circonstances du périple de l’Arctic Sea, un vraquier au pavillon maltais disparu pendant près de trois semaines. Pour Anatoli Serdioukov, ministre russe de la Défense, c’est «un acte de piraterie». Le cargo, parti le 23 juillet de Finlande en direction de l’Algérie, a été retrouvé ce lundi à 550 kilomètres du Cap-Vert et l’intégralité de son équipage est «sain et sauf». D’après l’Autorité Maritime Maltaise, l’Arctic Sea était repéré «depuis plusieurs jours» mais sa position n’avait pas été dévoilée de peur de compromettre la filature.

Le système de traçage désactivé


Alors qu’il naviguait dans les eaux territoriales suédoises, le navire aurait été abordé par un hors-bord comptant quatre estoniens, deux lettons et deux russes. Prétextant un problème de moteur, ils seraient montés à bord de l’Arctic Sea et auraient ordonné à l’équipage d’obéir à leurs ordres sous la menace d’armes à feu. Ils ont notamment exigé que le système de traçage en mer soit désactivé ainsi que tout autre moyen de communication.

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Des circonstances toujours floues

Les explications fournies par les différents pays (Malte, la Russie, la Finlande, la Suède, etc.) sont loin de concorder. Le 24 juillet, les autorités suédoises ont reçu par courrier électronique des photos de marins blessés. Les enquêteurs suédois ont alors signalé que les ravisseurs, à la recherche de drogue, étaient masqués et habillés comme des policiers. Ils auraient frappé les membres de l’équipage et fouillé le bateau de fond en comble avant de quitter le navire. Une version qui ne colle pas avec celle des Russes qui, eux, assurent qu’il n’y avait plus de moyens de communication actifs à bord de l’Arctic Sea.

D’autre part, les navires de ce genre sont équipés d’un système d’alerte par satellite qui doit être enclenché par le commandant de bord en cas d’attaque. Comme ça n’a pas été le cas, certains ont formulé l’hypothèse selon laquelle l’équipage aurait été complice des pirates présumés. D’autant qu’ils possédaient tous un téléphone mobile et étaient en zone de couverture. Interrogé à ce sujet, Anatoli Serdioukov a répondu ce mardi qu’une enquête était en cours.

Une enquête loin d’être finie

Les motivations des pirates présumés demeurent inconnues alors qu’ils étaient toujours interrogés mardi soir. L’Arctic Sea transportait du bois d’une valeur estimée de 920.000 euros. Or il est très peu probable qu’ils aient pris autant de risques pour ce type de marchandise. Et si la marchandise n’était pas du bois? Et si le cerveau de cette opération n’était pas l’un des ravisseurs et courait toujours? Pour compliquer encore l’affaire, un responsable du bureau national d'enquêtes finlandais (NBI), Rabbe von Hertzen, a déclaré ce mercredi qu’une rançon avait été demandée pour le navire. Sans quoi les pirates menaçaient de faire exploser l’Arctic Sea. «Il faudra des mois avant que nous ayons une idée de ce qui s'est réellement passé», a lâché von Hertzen.