A chacun son élection en Afghanistan

POLITIQUE Alors que l'insécurité et la corruption minent le pays, le scrutin se jouera davantage sur les stratégies d'alliances politiques que sur des thèmes de campagne...

Maud Descamps avec agence

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Un policier afghan tient la garde devant du matériel de vote à Herat, Afghanistan.
Un policier afghan tient la garde devant du matériel de vote à Herat, Afghanistan. — REUTERS/Raheb Homavandi

Jeudi, 17 millions d'Afghans sont appelés aux urnes pour élire leur nouveau président et leurs représentants locaux. La dernière élection présidentielle remonte à 2004. Après avoir été placé au pouvoir dès 2001 par les Américains, Hamid Karzaï avait été élu à la tête de cette république islamique avec 55,4 % des voix. Malgré un bilan catastrophique, il est tout de même annoncé favori du scrutin. Chacun a malgré tout une carte à jouer dans cette élection au contexte plus que difficile.
 
Les talibans: terroriser davantage

Les extrémistes ont promis de tout faire pour empêcher la tenue du scrutin. Pour eux, cette élection est une «imposture» orchestrée par les Etats-Unis. Pour les talibans, la prise du pouvoir se fera par les armes et non par les urnes. Les multiples attentats qu'ils ont commis pendant la campagne n'ont fait que démontrer leur pouvoir de frappe. «En 2004, il existait encore un espoir de paix, mais aujourd'hui la population est déçue», explique Karim Pakzad, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Hamid Karzaï s'est montré incapable d'arrêter la progression des talibans. Traditionnellement implantés dans les régions du sud, «ils sont désormais présents dans deux tiers du pays», précise le chercheur, ils parviennent même à atteindre Kaboul, ce qui était impensable avant.» (lien papiers attentats) De plus, grâce à ce président incapable de combattre la corruption, les talibans ont pu bénéficier de revenus importants issus du trafic d'opium. Près de 93% de l'opium mondial est produit en Afghanistan, selon l'ONU. La valeur à l'exportation a été estimée à 3,4 milliards de dollars en 2008, dont une partie sert à financer les islamistes.

Hamid Karzaï: garder le pouvoir
Hamid Karzaï termine son mandat sur un bilan catastrophique, mais n'entend pas pour autant laisser sa place. Incapable de faire régner l'ordre dans son pays, il a décidé de mener sa campagne stratégiquement, plutôt que sur un réel programme. Son principal atout? De multiples alliances avec des chefs de guerre pachtounes, l'ethnie majoritaire dans le pays, (lien) qui influenceront les votes dans leur région. Hamid Karzaï a promis à ces chefs de guerre des ministères une fois qu'il serait élu. Contrairement aux talibans qui ne donnent aucune valeur à l'Etat, les chefs de guerre auxquels s'est associé Karzaï visent le pouvoir politique pour faire perdurer la charia. Avec ces alliances, plusieurs accéderont à des hauts postes ministériels.
 
Les autres candidats: sécuriser le pays et combattre la corruption
Le pays n'a jamais été aussi peu sécurisé et autant corrompu. C'est ce que reprochent les principaux adversaires d'Hamid Karzaï au président sortant. «Des membres du gouvernement et des proches de Karzaï sont impliqués dans le trafic de drogue, mais Karzaï ne fait rien pour arrêter cela», explique Karim Pakzad. Les adversaires tentent donc d'axer leur campagne sur ce double enjeu, mais s'enferment rapidement dans une critique de la politique de Karzaï au lieu de proposer une nouvelle dynamique pour le pays. C'est une des raisons pour laquelle Karzaï reste favori, malgré une volonté de la population de sortir de la violence.
 
Les forces étrangères: racheter l'opinion publique
Au niveau international, les forces étrangères s'étaient engagées à aider le pays à se doter d'un gouvernement démocratique. «Comme l'opposition à la guerre en Afghanistan monte de plus en plus à l'étranger, la tenue de ces élections est importante pour la communauté internationale qui va pouvoir montrer à l'opinion publique qu'elle a tenu ses promesses», explique Karim Pakzad. Une manière, donc, de justifier l'envoi de soldats dans le pays. Plus de 100.000 soldats étrangers sont stationnés dans le pays pour combattre l'insurrection islamiste. De plus, les forces étrangères font leur maximum pour que le scrutin se déroule le mieux possible. Un scrutin râté remettrait en cause leur légitimité dans le pays.

Le tabou autour de la violence

Malgré les attaques à répétition, le gouvernement afghan s'est déclaré confiant dans la participation de la population aux élections. Mais il a tout de même appelé les médias locaux et internationaux à ne pas parler des probables violences le jour du vote pour ne pas effrayer les électeurs.