La gestion des catastrophes naturelles de Mattéi à Bush: un art difficile qui ne souffre pas la médiocrité

POLITIQUE De l'Erika aux Abruzzes, en passant par l'ouragan Katrina, les politiques ne semblent pas toujours préparés à gérer de tels événements...

Maud Descamps

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George Bush s'excuse publiquement à la télévision pour la gestion catastrophique du désastre causé par l'ouragan Katrina
George Bush s'excuse publiquement à la télévision pour la gestion catastrophique du désastre causé par l'ouragan Katrina — DR

Quelques seulement après le passage du typhon Morakot à Taiwan, le gouvernement est accusé d'avoir mis trop temps à réagir. Le bilan, provisoire, est de 500 morts. Une gestion que dénoncent  les médias et le Président de l'île.  C'est que la gestion d'une catastrophe est un art difficile en politique. Et il ne souffre pas la médiocrité. Nombreux sont ceux qui en ont fait les frais.
 
George Bush et l'ouragan Katrina : «Brownie, vous faîtes un sacré boulot»

Le passage du cyclone Katrina, le 9 août 2005, dans le sud du pays provoque des dégâts considérables. 1.500 personnes périssent. 77.000 logements sont détruits. Les autorités fédérales et l'administration sont rapidement mises  en cause pour leur incompétence. Une commission d’enquête de la Chambre des représentants met en cause la Maison Blanche aussi bien que les autorités locales, dénonçant leur passivité. Lorsque George Bush quitte ses fonctons, moins d’un logement sur trois a reçu les fonds nécessaires à sa reconstruction, et près de la moitié de la population, soit 240.000 personnes, ne sont pas retournées chez elles.
 
La gestion de l'«après» Katrina est tellement catastrophique que le Président fini par s'excuser publiquement à la télévision et déclare prendre toutes les responsabilités de l'incapacité de son administration à faire face.
 


Une petite phrase va venir compléter la polémique: s’adressant au responsable des secours à la Nouvelle- Orléans, Mickael Brown, il déclare avec ce style qui le caractérise: «Brownie, vous faîtes un sacré boulot.» Une expression devenue depuis synonyme de travail mal fait aux Etats-Unis.

Silvio Berlusconi et le tremblement de terre dans les Abruzzes: Une solution provisoire en forme de «week-end en camping»

Le lundi 6 avril, un séisme de magnitude 6,2 secoue la région montagneuse des Abruzzes. La capitale ainsi que les environs sont dévastés. Le bilan est terrible: 300 morts. En visite d'urgence sur place, le président du Conseil, s'exprimant aux télévisions déclare que tous les habitants ont reçu toute l'aide nécessaire et conclu en soulignant qu'il faut prendre «cette solution provisoire comme un week-end en camping». Des propos qui déclenchent la colère et l'indignation dans tout le pays.
 

 
Outre la gaffe du Cavaliere, trois mois après la catastrophe, le président du conseil insiste pour que la réunion du G8 se tienne à l'Aquila, capitale dévastée par la secousse. Un coup de pub pour le politicien peu apprécié des habitants qui dorment toujours sous des tentes.

Dominique Voynet et le naufrage de l'Erika: «pas la catastrophe du siècle»:
 
Le 12 décembre 1999, le pétrolier Erika fait naufrage au large de la Bretagne. Le bateau transporte 37 000 tonnes de fuel lourd en provenance de Dunkerque et à destination de Livourne en Italie. Le 25 décembre, une tempête d'ouest poussent les premières nappes jusqu'à la côte près de Lorient. La ministre de l'écologie Dominique Voynet, déclare alors dans une volonté de rassurer la population que «ce n'est pas la catastrophe du siècle». Il faudra attendre l'été 2000, pour que le pompage du pétrole restant dans les parties immergées du navire soit entrepris. 11 245 tonnes de fioul seront récupérées. Entre 150.000 et 300.000 oiseaux y laissent la vie, sur les 400 kilomètres de cotes souillées. Il faudra attendre sept ans d'enquête pour que la société Total soit déclarée coupable de pollution maritime.
 

 
Jean-François Mattei et la canicule

Août 2003. Le thermomètre monte bien plus haut que les normales saisonnières. Mal préparée, la France (mais aussi l'Europe), subie une hécatombe. 15 000 personnes décèdent durant les deux premières décades d'août à cause de la chaleur. Le groupe d'âge le plus atteint est celui des plus de 75 ans. Les chambres mortuaires sont rapidement saturées. La chaleur importante ne permet pas de conserver les dépouilles dans une pièce non-réfrigérée. Alors c'est au marché de Rungis, centre logistique de transport de marchandises agro-alimentaires dans la banlieue parisienne, que sont entreposés les corps. L'Etat tarde à prendre conscience de l'ampleur de la catastrophe et est très vite pointé du doigt pour sa lenteur.  C'est notamment l'interview du ministre de la Santé Jean-François Mattei sur France 3 qui passe mal. Il répond, en bras de chemise, de son lieu de vacances.
 
Jacques Chirac s'exprime deux semaines après la fin de la crise. Il nie la responsabilité de l'exécutif dans la tragédie et souligne le manque de solidarité entre citoyens. De son côté, le ministre de la Santé Jean-François Mattei reconnaît, le 12 septembre 2003, reconnaît l'absence d'anticipation et la défaillance du système d'alerte.
 
Les responsables chinois et le tremblement de terre du Sichuan

Le 12 mai 2008, un séisme secoue la région du Sichuan en Chine. 87.000 personnes y perdent la vie. Les secours sont mal organisés et la corruption vient nécroser le système d'aide et de distribution de nourriture. Quarante-trois responsables chinois sont sanctionnés pour leur gestion du séisme. Plus de 1.200 plaintes sont déposées pour dénoncer des cas de mauvaise gestion des secours. Les autorités avaient assuré à plusieurs reprises que l'aide aux victimes du séisme serait correctement gérée, promettant de lourdes sanctions en cas de corruption.
 
Des parents d'enfants morts dans l'écroulement d'écoles dénoncent des cas possibles de corruption, soulignant des constructions qui n'obéissaient pas aux normes. Mais ils sont sont rapidement intimidés par les autorités locales, Pékin préférant mettre l'accent sur l'unité de la patrie devant un drame national. Un rapport d'Amnesty International rapporte que des dizaines de parents ont été interrogés par la police ou enfermés lors de leurs démarches judiciaires. Quant à leurs avocats, révèle le Times, on leur a intimé de retirer les plaintes.

Un documentaire diffusé par la chaîne HBO raconte le combat de ces parents dévatsés par la mort de leur enfant - vidéo en anglais