La France et l'Iran, une relation tendue

INTERNATIONAL Retour sur les dates-clés des relations franco-iraniennes...

Paul Najafi
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  — REUTERS / R. HOMAVANDI (IRAN POLITICS)

Alors que les procès se multiplient en Iran depuis l’élection de Mahmoud Ahmadinejad et que la Française Clotilde Reiss figure au banc des accusés, 20Minutes.fr revient sur l’histoire des relations entre la France et l’Iran.

Un coopération nucléaire bien lancée

En 1974, la France annonce la signature d’un contrat entre d'enrichissement d'uranium entre l’Iran du Shah, Reza Pahlevi, et la France de Giscard d’Estaing. L’Iran prête alors un milliard de dollars à la France et entre à hauteur de 10% dans le capital d’Eurodif, une usine d’enrichissement d’uranium. Il recevra en retour 10% de l’uranium enrichi.

Le changement apporté par la révolution

En 1978, la France voit arriver sur son territoire l’ayatollah Rouhollah Khomeini, guide de la révolution islamique en exil, qui s’installe à Neauphle-le-Château, à quelques dizaines de kilomètres de Paris. Entré avec un visa de touriste, il ne demande pas l'asile politique.

Un an plus tard, il retourne à Téhéran à bord d’un avion affrété par le gouvernement Français. Toutefois, la République islamique ne fera pas de cadeau à la France, alors dirigée par Valéry Giscard d’Estaing, qui accueille de nombreux réfugiés iraniens après l'instauration du nouveau régime. Il s’en suit un gel des collaborations nucléaires entre la France et l’Iran.

Le conflit Iran-Irak et le contentieux Eurodif

Les relations se dégradent fortement entre 1978 et 1985 lorsque des Mirage F1 puis des Super-Etendard sont livrés à l’Irak de Saddam Hussein. Ils serviront à détruire des installations iraniennes permettant l’exportation de pétrole. L’Iran réclame alors ses 10% d’uranium enrichi et son milliard de dollars. La France refuse.

La tension monte d’un cran lorsqu'en 1985, des Français sont pris en otage au Liban et une vague d’attentats a lieu à Paris en 1986. Un groupe terroriste libanais réclame le règlement du contentieux Eurodif. Le 17 novembre, la France décide de verser un tiers de la somme due à l’Iran. Quelques heures plus tard, un des otages au Liban est libéré.

En décembre 1987, un deuxième versement est effectué par le gouvernement Français. Les relations diplomatiques, rompues mi-87 depuis l'affaire Gordji, un interprète de l'ambassade d'Iran soupçonné d'être impliqué dans les attentats de 1985 et 1986 sont rétablies en 1988.

En 1991, un accord est trouvé : la France verse plus de 1,6 milliards de dollars à l’Iran qui ne réclamera pas l’uranium produit. En 1991, l'ancien premier ministre Chapour Bakhtiar, réfugié en France, est assassiné par trois hommes. L'un d'eux avouera à son procès avoir été envoyé par le gouvernement iranien.
L'élection du président modéré Mohammad Khatami favorise un rapprochement, mis à mal après le 11 septembre 2001, où les Etats-Unis placent l’Iran parmi «l’axe du mal».

Le nucléaire iranien source d'inquiétudes

En 2002, suite au dévoilement de photos satellites américaines, l’Iran est soupçonné de vouloir se doter d’une arme nucléaire. Après les visites sans précédent des ministres Français, Allemand et Britannique des Affaires étrangères, le pays se dit prêt à une coopération totale avec l’AIEA, incluant notamment une suspension de l’enrichissement d’uranium.

Tout change avec l’élection de Mahmoud Ahmadinejad en 2005, qui affirme devant l’Assemblée générale de l’ONU que la maîtrise du cycle du combustible nucléaire est un «droit inaliénable». Depuis, le pays défie ouvertement l'Onu, au point que Bernard Kouchner lâcha en septembre 2007 que le monde devait «se préparer au pire qui est la guerre».