«La Corée du Nord ne cède jamais rien d'essentiel»

INTERVIEW Jean-Louis Margolin, historien, décrypte la stratégie diplomatique de Pyongyang...

Propos recueillis par Maud Descamps

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L'ancien président américain, Bill Clinton,  et le leader nord-coréen Kim Jong-Il le 4 août 2009 à Pyongyang.
L'ancien président américain, Bill Clinton,  et le leader nord-coréen Kim Jong-Il le 4 août 2009 à Pyongyang. — REUTERS
Bill Clinton s'est rendu en Corée du Nord en début de semaine dans le but de faire libérer deux journalistes américaines retenues là-bas. Une mission menée avec succès. Est-ce pour autant une victoire des Etats-Unis sur Pyongyang?

Oui, c'est une victoire de Washington dans la mesure où les otages ont été libérés. Sur le plan diplomatique par contre, Pyonyang est parvenu à faire revenir à la table des négociations les Etats-Unis. C'est donc une reprise du dialogue, modérée, qui s'est engagée après le froid causé par les tirs de missiles et les essais nucléaires réalisés par la Corée du Nord. Washington a donc changé son attitude vis-à-vis de Pyongyang.

Quel était le but recherché par Pyongyang à travers l'arrestation puis la libération de deux journalistes américaines?

Justement de faire changer l'attitude de Washington. Mais comme cela se fait par le biais de négociation, Pyongyang avait besoin d'une monnaie d'échange pour ne pas avoir à céder sur le plan nucléaire. Les deux journalistes américains ont donc été le "prétexte" pour ce retour des négociations. Cela illustre très bien la diplomatie très habile de la Corée du Nord qui parvient toujours à ne rien céder d'essentiel. Et l'essentiel est son programme nucléaire et balistique.

La Corée du Nord est un petit pays. Reçoit-elle l'aide d'autres Etats pour mener à bien son programme nucléaire et balistique?

Il ne faut pas sous-estimer les capacités de la Corée du Nord. Si on peut comparer le régime politique à celui des Khmers au Cambodge, la Corée du Nord n'est, elle, pas un pays rural. Mais un pays semi-industrialisé. Bien sûr, les installations industrielles sont obsolètes par rapport à nos standards, mais Pyongyang est le maître dans les stratégies parallèles mafieuses et d'espionnage industriel. Elle a donc les moyens et les capacités de faire progresser son programme nucléaire.