L'opposition iranienne n'a pas dit son dernier mot

IRAN Le calme de ce jeudi pourrait annoncer de nouveaux mouvements de contestation...

P.N.

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  — REUTERS / R. HOMAVANDI (IRAN POLITICS)

Déployées dans les rues les plus fréquentées de Téhéran, les forces de l’ordre ont adopté, ce jeudi, une nouvelle tactique, distribuant gratuitement des fleurs et des pâtisseries aux passants. Officiellement, il s’agissait de commémorer la naissance du douzième Imam. D’après plusieurs témoins joints par 20minutes.fr, la majorité des passants acceptaient l’offrande avant de la jeter quelques mètres plus loin, en faisant le signe de la victoire, signe de ralliement des contestataires du scrutin du 12 juin. Dans la soirée de ce jeudi, dans les rues de Téhéran, les forces de l’ordre sont encore nombreuses. Toute voiture contenant plusieurs jeunes est contrôlée de fond en comble et l’identité de ses occupants vérifiée.

Mahmoud Ahmadinejad ayant prêté serment mercredi, les opposants vont devoir faire preuve d’imagination pour continuer leur mouvement. «Le peuple n’oubliera pas les actes de barbaries de ce régime», commente Abolhassan Bani Sadr, premier Président iranien de la république islamique, aujourd’hui exilé en France, joint par 20minutes.fr.

Rassemblement dans les montagnes

Plusieurs événements de contestation sont prévus pour vendredi, jour de la grande prière. Sur les réseaux sociaux, ce jeudi, les internautes iraniens évoquaient notamment un rassemblement dans les montagnes qui encerclent Téhéran. Mais rien ne confirme que ce mouvement sera suivi avec ampleur. «Si Hachemi Rafsandjani se présente pour la grande prière et fait une déclaration, alors un grand mouvement naîtra, analyse Bani Sadr. Sinon j’en doute fort».

Grâce aux témoignages recueillis par 20minutes.fr, on en sait un peu plus sur les événements qui se sont déroulés mercredi, journée durant laquelle le président iranien a prêté serment. Des manifestations d’opposants ont eu lieu «pour la première fois dans la partie Sud» de Téhéran, signale Abolhassan Bani Sadr. Un symbole fort puisque, jusqu’à présent, c’étaient plutôt les quartiers aisés du nord de Téhéran qui se sont mobilisés. L’engagement des quartiers pauvres, alliés traditionnels du pouvoir, montrerait l’ampleur du mécontentement. Mercredi, un grand nombre de «bazaris», commerçants locaux, avaient même fermé leurs commerces en signe de soutien, d’après un témoin sur place. Une information confirmée par l’ancien Président iranien.

Trois morts à Shiraz

Des manifestants se sont rassemblés dans les axes principaux de Téhéran, prononçant de nouveaux slogans dont «Indépendance, liberté et république iranienne» qui a retenu l’attention de Bani Sadr. Les manifestants omettent volontairement de préciser «république islamique», histoire de provoquer encore un peu plus le régime. En province, la ville de Shiraz a été le théâtre de violents affrontements, faisant trois morts parmi les manifestants. Une information confirmée par l’ancien Président iranien.

Pour lui, le fait de voir le président prêter serment, mercredi, devant un Parlement vidé de ses députés réformateurs et de quelques conservateurs, «est une grande première». Il juge «sans précédent dans l’histoire moderne de l’Iran» le fait que le Président quitte le Parlement en hélicoptère. Pour lui, cela traduit le sentiment de «vulnérabilité» de Mahmoud Ahmadinejad.

Les droits des journalistes encore bafoués

Mercredi, toujours, certains journalistes iraniens se sont vu «refuser l’accès au Parlement» et ont «vivement protesté», dit-il. D’après l’agence iranienne PressTV, le bureau de l’Association des Journalistes Iraniens (AIJ) a été mis sous scellé par des agents judiciaires ce jeudi. Sur le web, les utilisateurs de Twitter et Facebook continuent de relayer les informations qui leur parviennent mais là encore certains manquent à l’appel: les pages Facebook de Mir Hossein Mousavi, Mehdi Karoubi et Mohammad Khatami sont désactivées depuis ce jeudi matin pour des raisons inconnues.