Les trois facettes de l'étrange Monsieur Clinton

POLITIQUE Ombre embarrassante dans les primaires d'Hillary, conférencier grassement rémunéré, militant de l'humanitaire, puis magicien de la négociation en Corée du Nord... Depuis la fin de son mandat, l'ancien président américain occupe une place à part sur la scène politique de son pays...

E.J.

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Le sénateur démocrate Barack Obama, engagé dans un quitte ou double dans la primaire présidentielle de Caroline du Sud samedi, a durci le ton mercredi contre les "inexactitudes" prononcées selon lui par l'ex-président Bill Clinton, qui laisse libre cours à son exaspération.
Le sénateur démocrate Barack Obama, engagé dans un quitte ou double dans la primaire présidentielle de Caroline du Sud samedi, a durci le ton mercredi contre les "inexactitudes" prononcées selon lui par l'ex-président Bill Clinton, qui laisse libre cours à son exaspération. — Win Mcnamee AFP/Getty Images
Le conférencier largement rémunéré. Après son départ de la Maison Blanche, Bill Clinton donne des conférences, rémunérées entre 100 et 300.000 dollars... chacune. Au total en 2007, cela lui a rapporté plus de 40 millions de dollars. Et aussi quelques franchissements de ligne jaune qui poseront problème au moment de l'arrivée de sa femme Hillary au secrétariat d'Etat: en 2005, il participe à un banquet avec le dictateur du Kazakhstan, Nursultan Nazarbaïev. Problème, un des autres convives, l'homme d'affaires canadien Frank Giusta, obtient par la suite un contrat d'exploitation d'uranium là-bas. Et reverse 31 millions de dollars à la fondation Clinton. La plus grosse donation jamais reçue par la fondation, rapporte le «New York Times» de l'époque.
 
A cela s'ajoutent des dons venant de la famille royale saoudienne, ou d'autres Etats du Golfe. Alors, au moment de la transition, ce sont près de douze personnes qui sont chargées par Barack Obama de vérifier que les activités de Bill Clinton ne génèrent pas de conflits d'intérêts.
 
Le politique accro à son pouvoir d'influence. Comme la plupart des hommes politiques une fois leur présidence achevée, Bill Clinton ne veut pas renoncer à son pouvoir d'influence. D'autant plus qu'il a quitté la Maison blanche assez jeune, à 55 ans. Alors quand sa femme se lance en politique, il la soutient du mieux qu'il peut. C'est à dire un peu trop. Lors des primaires démocrates, il se démultiplie, tient meetings sur meetings aux quatre coins du pays. Au point que de nombreux analystes ont estimé qu'il faisait de l'ombre à la candidature de sa femme. «Bill Clinton est en lice pour un troisième mandat», résume un éditorialiste dans Vanity fair. Et il n'a pas ménagé ses attaques contre Barack Obama. Interrogé sur la capacité du sénateur de l'Illinois à être président, il répond froidement : «C'est la constitution qui donne les capacités».
 
Après la défaite de son épouse aux primaires de Caroline du Sud, il compare la victoire d'Obama à celle de Jesse Jackson, autre afro-américain, dans le même Etat aux primaires de 1984. S'ensuit une polémique sur la volonté de Clinton de jouer la carte raciale, ce qu'il a toujours nié. Mais le mal est fait: en mettant en danger le report des voix des électeurs d'Obama dans l'hypothèse d'une éventuelle victoire de Hillary Clinton, il a sans doute affaibli la candidature de sa femme et contribué à la défaite de celle-ci.
 
Le globe-trotter humanitaire. A la fin de son mandat, Clinton emprunte la voie suivie par de nombreux autres présidents avant lui: il crée sa fondation dévolue, comme c'est l'usage, aux causes humanitaires. Clinton se bat notamment pour rendre plus abordable le prix des médicaments contre le Sida et la malaria. Et comme on se ne refait pas, l'ancien grand communicant garde son amour des coups médiatico-politiques. Profitant d'un voyage pour donner un discours à Sydney, il signe avec le gouvernement australien un accord pour les médicaments anti-Sida à destination de l'Asie Pacifique.
 
Mais sa plus belle oeuvre dans le domaine reste sans doute son association avec George Bush père, son prédécesseur à la Maison Blanche. A la suite du tsunami qui touche l'Asie, ils lancent un fond conjoint pour aider les pays touchés. Clinton sera d'ailleurs nommé émissaire spécial de l'ONU pour l'aide humanitaire. Même dans ses activités humanitaires, Clinton reste un vrai politique, soucieux de son image. Avant de se rendre en Corée du Nord, il attend pour donner son accord d'avoir l'assurance que sa mission avait une «chance raisonnable» de succès, selon un des responsables de l'opération. De quoi ajouter une nouvelle facette à sa personnalité , celle de négociateur international officieux ?