En Iran, la désobéissance civile reste la seule arme des manifestants

PROTESTATION Boycott des produits de sociétés affiliées aux Gardiens de la révolution, tentative de saturation du réseau électrique, la société civile affûte ses armes...

Oriane Raffin

— 

les supporters de Moussavi tentent de gagner la bataille des images, alors que le pouvoir empêche les journalistes occidentaux de travailler.
les supporters de Moussavi tentent de gagner la bataille des images, alors que le pouvoir empêche les journalistes occidentaux de travailler. — Demotix Images / Reuters
On constate, certes, moins de manifestations dans les rues de Téhéran pour protester contre la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad, le 12 juin dernier, mais la mobilisation n‚est pas morte pour autant. Au quotidien, les Iraniens s'impliquent dans des mouvements de désobéissance civile pour faire entendre leur mécontentement. «Les opposants sont en train de créer pratiquement tous les jours de nouvelles formes de résistance pour lutter contre le gouvernement», note Azadeh Kian-Thiebaut, chercheuse au CNRS.

«La désobéissance civile est devenue le nouveau mode de protestation»

Yashar, membre du collectif parisien contre la répression en Iran explique recevoir de façon quotidienne des mails appelant au boycott de produits, par exemple. «La désobéissance civile, c'est vraiment devenu le nouveau mode de protestation. Les Iraniens boycottent les produits de marques qui font de la publicité sur la télévision publique, car ces publicités font vivre les chaînes nationales. Cela permet de faire pression, il paraît qu'il y a déjà un tiers de publicités en moins aux horaires de grande écoute!»

>>Retrouvez tous nos articles sur la crise en Iran

Autre initiative, qui a fonctionné à plusieurs reprises: «On appelle tout le monde à brancher un maximum d'appareils électriques à l'heure du journal télévisé, à 21 heures, explique Yashar. Et ça marche! Lors d'une intervention en direct d'Ahmadinejad, le système général a sauté pendant une seconde, et plusieurs quartiers de Téhéran ont été privés d'électricité.»

«Il se passe quelque chose tous les jours»


La désobéissance civile n'est pas nouvelle en Iran. Azadeh Kian-Thiebaut explique qu'«à l'époque du Shah, il y avait déjà des grèves générales, dans l'administration ou dans les usines publiques. Mais la forme de résistance que l'on constate aujourd'hui, avec ces boycotts, ce sont des choses qu'on ne connaissait pas auparavant.»

«Grâce à ces actions, il se passe quelque chose tous les jours», note la chercheuse. Depuis un mois, c'est la célèbre marque de téléphonie mobile, Nokia, qui est la cible d'un boycott. Sa filiale Nokia-Siemens-Network est en effet accusée d'avoir vendu au gouvernement un système permettant de contrôler les communications téléphoniques. Même si la firme nie tout engagement politique et explique que ce même système existe dans les pays européens, Iraniens et diaspora ont décidé de bouder ses téléphones. Selon des vendeurs, cités par le quotidien anglais «The Guardian», les ventes de téléphones Nokia auraient diminué de moitié depuis le début de l'appel au boycott.

«Le mot d'ordre est bien suivi, ça passe par mails, par bouche à oreille, par Facebook ou encore Twitter», explique Azadeh Kian-Thiebaut. La société iranienne paraît donc bien décidée à mener cette guerre d'usure face au pouvoir en place.