Mosquées fermées à Urumqi, les habitants fuient la ville

CHINE Les autorités craignent de nouvelles violences...

(Avec agence)

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Une affiche attachée sur le portail d'une mosquée indique que l'édifice est fermé ce vendredi 10 juillet 2009 et appelle les musulmans à prier chez eux.
Une affiche attachée sur le portail d'une mosquée indique que l'édifice est fermé ce vendredi 10 juillet 2009 et appelle les musulmans à prier chez eux. — David Gray/Reuters

Vendredi, c'est jour de prière. Pourtant, de nombreuses mosquées sont fermées à Urumqi par crainte de répétition des violences ethniques qui ont fait 156 morts dimanche dans la capitale du Xinjiang (nord-ouest). Des Ouïghours, minorité ethnique musulmane turcophone, ont indiqué avoir été encouragés à prier chez eux, tandis que la présence des forces de l'ordre restait extrêmement visible. Cette interdiction touchait aussi d'autres communautés musulmanes, notamment les Hui.

«Le gouvernement a dit qu'il n'y aurait pas de prières», a déclaré un Ouïghour, nommé Tursun, interrogé devant la mosquée Hantagri, l'une des plus vieilles d'Urumqi, où se trouvaient une centaine de policiers armés de fusils d'assaut et de matraques. «On ne peut rien faire (...) le gouvernement a peur que la population utilise la religion pour soutenir les trois forces» dit-il en référence à l'extrémisme, le séparatisme et le terrorisme qui, selon Pékin, menacent l'unité du pays.

«Rentrez chez vous pour prier»

«Rentrez chez vous pour prier», intimaient des affichettes apposées sur les portes des cinq mosquées fermées devant lesquelles se sont rendus les correspondants de l'AFP. Un porte-parole des autorités régionales, a tout de même affirmé que «toutes les activités religieuses devraient se dérouler normalement». Depuis lundi, un certain nombre de mosquées avaient déjà été fermées à Urumqi.

En dépit des assurances selon lesquelles la situation était désormais «sous contrôle», la présence des forces de sécurité était massive dans la ville de deux millions d'habitants. Les dirigeants chinois réunis mercredi autour du président Hu Jintao ont annoncé que les coupables des violences, les plus graves au Xinjiang depuis des décennies, seraient «sévèrement punis». Les autorités ont procédé à plus de 1.400 arrestations, très majoritairement parmi la communauté ouïghoure.

Ils fuient la ville

Des milliers de personnes ont envahi les gares routières et ferroviaires d'Urumqi, beaucoup dans la crainte de nouvelles violences. Quelque 10.000 personnes ont quitté la ville depuis la gare principale des autocars de Bayi chaque jour depuis les émeutes interethniques, soit deux fois le nombre habituel, a déclaré le responsable de la gare.

Il a expliqué que cette période est habituellement chargée car les étudiants rentrent dans leur région d'origine pour les vacances d'été. «Bien sûr, des étudiants sont contents de rentrer chez eux et certains ont craint pour leur sécurité pendant les violences», dit-il.

Ce vendredi matin, jusqu'à 300 personnes attendaient dans les files à la gare routière. De très nombreux passagers patientaient aussi à la gare ferroviaire où un important dispositif de sécurité avait été mis en place. Une femme han, de l'ethnie majoritaire en Chine, avait en main son billet pour sa ville de Lanzhou, dans la province du Gansu, à 1.900 km plus à l'est. «Je rentre chez moi, le temps que les choses se calment», explique Li, ajoutant qu'elle avait aussi des affaires à régler à Lanzhou.