Le Xinjiang, une «région mal rattachée à la Chine»

CHINE Depuis dimanche, des émeutes inter-ethniques secouent la capitale du Xinjiang, Urumqi, où les tensions entre les Hans et les Ouïghours sont historiques...

Maud Descamps avec agence

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Des manifestants dans les rue de Urumqi, en Chine, le 7 juillet 2009
Des manifestants dans les rue de Urumqi, en Chine, le 7 juillet 2009 — David Gray/Reuters
A plus de 3.000 kilomètres au nord-ouest de Pékin, le Xinjiang est secoué depuis dimanche par des émeutes. Au moins cent cinquante personnes ont été tuées et plus de 1.500 arrêtées.

Le contexte: une majorité de Hans face à une minorité musulmane
Les manifestations se déroulent dans une vaste région montagneuse et désertique du nord-ouest de la Chine qui compte plus de 8 millions de Ouïghours sur un total de 20 millions d'habitants. Les Ouïghours sont des musulmans turcophones, dont certains sont accusés par Pékin de mener des actions indépendantistes violentes. Ils protestent, en fait, contre la répression de Pékin. «Les Ouïghours dénoncent les pressions politiques menées par la Chine», explique Alain Roux, historien spécialiste de la Chine. «De plus, la croissance économique du pays n'a pas profité aux Ouïghours. Ils dénoncent donc également une domination de l'économie régionale par les Hans».

Un puzzle ethnique
La région est frontalière notamment de l'Afghanistan et des ex-Républiques musulmanes de l'URSS: le Kazakhstan, le Tadjikistan et le Kirghizstan. Le Xinjiang compte près de 20 millions d'habitants, appartenant à 47 ethnies, parmi lesquelles les Hans sont passés de 6 à 40% de la population avec la politique de développement, et de sinisation, de Pékin depuis les années 90.

«Une région mal rattachée à la Chine»
Rattachée à l'empire chinois en 1884, cette région aujourd'hui autonome, a manifesté des velléités d'indépendance à l'égard de Pékin avant même la création de la République populaire de Chine en 1949. Une partie de la province a connu une brève période d'autonomie, sous le nom de Turkestan oriental, entre 1930 et 1949. «Mais cette région a été mal rattachée à la Chine. Et comme au Tibet, il existe un malaise entre les Chinois et les habitants originaires de la région», explique Alain Roux. En 1990, les troubles se sont intensifiés après le retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan et l'indépendance des trois républiques musulmanes de l'ex-URSS. En avril 1990, des émeutes, près de Kashgar (ouest), avaient fait 22 morts, officiellement, et au moins 60, de source occidentale.

L'excuse de la lutte anti-terroriste
Depuis les attentats du 11 septembre 2001, Pékin a renforcé la répression au nom de la lutte antiterroriste. Grâce au soutien américain, la Chine a obtenu qu'un mouvement ouïghour, le Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM), soit placé par l'ONU sur la liste des organisations terroristes liées au réseau al-Qaïda. Selon Pékin, la région est sous la menace constante de terroristes qui «actionnent à distance» et depuis l'étranger des agents locaux grâce à l'Internet. Mais «bien souvent les autorités chinoises prennent l'excuse d'une lutte anti-terrorisme pour mettre en place une répression terriblement violente», précise Alain Roux.

Répression et censure
En plus des violences, la Chine a annoncé avoir coupé partiellement l'accès à Internet à Urumqi, pour tenter d'arrêter la circulation d'informations jugées dangereuses pour la stabilité de la région. Mais pour certains groupes de défense des droits de l'Homme, la Chine cherche à taire les événements du Xinjiang, les Hans (ethnie majoritaire en Chine) souhaitant se venger après avoir été la cible des violences des Ouïghours.