Moines de Tibéhirine: Sarkozy veut «la vérité», Alliot-Marie promet «tous les moyens» pour l'enquête

ENQUETE De son côté, Hervé de Charette assure ne pas avoir été informé d'une bavure, et juge cette «énième version» moins convaincante que «les faits»...

J.M. avec agence

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Photo non datée sur laquelles figurent les moines assassinés le 21 mai 1996 à Tibéhirine.
Photo non datée sur laquelles figurent les moines assassinés le 21 mai 1996 à Tibéhirine. — AFP

Nicolas Sarkozy a demandé «la vérité» aux autorités algériennes, et veut la levée du secret-défense des documents concernant le massacre des sept moines de Tibéhirine. Pour Michèle Alliot-Marie, le témoignage du général François Buchwalter «apporte un élément nouveau pour lequel de nouveaux éléments d'investigation supplémentaires auront lieu». La garde des Sceaux a assuré que les magistrats «disposent et continueront de disposer de tous les moyens pour mener à bien leur enquête, y compris en matière de coopération internationale». «Tout sera mis en oeuvre afin de connaître les auteurs et les conditions de cet assassinat», a conclu la ministre.

Hervé de Charette s'en tient à la version officielle

A l'époque des faits, Hervé de Charette était ministre des Affaires étrangères. Mais après les révélations du général François Buchwalter, publiées lundi dans la presse, il a affirmé ce mardi ne pas avoir été informé d'une possible «bavure» de l'armée algérienne, qualifiant le témoignage en ce sens de «énième version».

S'il s'est dit prêt à témoigner devant les juges chargés du dossier, l'ancien pensionnaire du quai d'Orsay a indiqué sur LCI qu'il leur dirait «la même chose, c'est-à-dire qu'il y a eu beaucoup de versions».

Les mystères de l'Histoire

«J'ai entendu: ce sont des conflits internes entre les civils et les militaires algériens. J'ai entendu: ce sont des règlements de comptes menés par les services spéciaux algériens. J'ai entendu: c'est une action du GIA (Groupe islamique armé) d'ailleurs c'était la version officielle. Puis on a dit "ah mais non, c'est une action du GIA mais menée par un groupe très spécial conduit par un dénommé Zitouni mais qui est manipulé par les autorités algériennes"», a égrené Hervé de Charette.

«Moi je m'en tiens à ce que je sais, à ce que j'ai pu voir, et pour le reste malheureusement ça restera dans les mystères de l'Histoire», a-t-il estimé. L'ancien ministre se dit «personnellement porté» à s'en tenir à «la version la plus pratique, celle qui s'appuie sur des faits», Selon lui, «le GIA a revendiqué ces événements, il a demandé en contrepartie des initiatives de la France, c'est-à-dire la libération d'Algériens détenus, ce que nous n'avons pas fait, il a menacé de les tuer et quand ils ont été découverts, il a déclaré que c'était lui-même qui l'avait fait». Voilà quels sont «les faits» pour Hervé de Charette, «tout le reste c'est des commentaires», a-t-il conclu.

Une affaire «enterrée volontairement»

«C'est une affaire qui a été enterrée volontairement», affirme de son côté l'ancien juge anti-terroriste et ex-député UMP de Haute-Vienne Alain Marsaud. Ce proche de Charles Pasqua raconte qu'en 1996, il avait reçu la visite de «quelqu'un qui se présentait comme étant un membre des services de renseignements algériens». Celui-ci lui aurait révélé que le GIA n'était pas en cause mais qu'il s'agissait «d'une opération montée par les services algériens ou par l'armée algérienne».

Le juge affirme en avoir alors informé le Garde des Sceaux de l'époque, Jacques Toubon, qui lui aurait répondu «qu'il n'était pas question d'ouvrir une information». Alain Marsaud explique que c'est pour cette raison qu'il avait demandé à une soeur des moines de se constituer partie civile. Il note cependant que les informations de l'époque ne mentionnaient pas l'«intervention par hélicoptère» de l'armée algérienne évoquée par le général Buchwalter.