Bagdro, moine tibétain emprisonné et torturé par les Chinois

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Les policiers chinois ont débarqué chez Bagdro, dans son village tibétain, près de Lhassa, un matin de 1988. Ils l'ont enchaîné nu à un arbre et l'ont frappé. « Tu veux que le Tibet soit indépendant ? Tu ne peux aller nulle part. Ici, c'est le monde des Chinois. » Puis ils l'ont jeté en prison. Bagdro y a retrouvé d'autres moines qui, comme lui, exigeaient de « libérer le Tibet », comme le clame le pin's qu'il porte en ce matin de juin à Paris. « J'avais peur, c'était la première fois que j'allais en prison », se souvient-il. Celle de Gutsa, près de Lhassa, est réputée pour la violence des traitements infligés aux détenus. Pendant sept mois, Bagdro reçoit électrochocs, coups et brûlures de cigarettes sur le visage. Epuisé, il finit par signer le papier qu'on lui présente, sur lequel il est écrit que « le Tibet fait partie de la Chine ». Il est ensuite envoyé dans une autre prison, « pire encore ». Il y restera quatre ans, avant d'être libéré grâce à la mobilisation internationale.

A 38 ans, Bagdro, aujourd'hui réfugié à Dharamsala (Inde), fait aujourd'hui le tour du monde pour témoigner. Il a été entendu par la Haute Cour de justice espagnole, qui instruit une plainte déposée en 2005 par le Comité de soutien au Tibet pour « crimes contre l'humanité » à l'encontre du peuple tibétain.

Très actif dans la défense de la cause tibétaine, Bagdro ignorait pourtant jusqu'au nom du dalaï-lama lorsqu'il était enfant. Jamais le mot « Tibet » n'avait été prononcé dans l'école chinoise de son village, dépourvu d'eau et d'électricité. Jamais il ne l'avait entendu non plus dans la bouche de ses parents, agriculteurs, qui redoutaient d'être arrêtés. Ce n'est qu'une fois devenu moine, à 16 ans, qu'il a découvert l'histoire de son peuple. « Les touristes commençaient à venir dans la région. Un couple m'a donné le livre du dalaï-lama. Ça a été un choc. » Il écrit alors une lettre pour la libération du Tibet qu'il distribue dans le village. « J'étais prêt à sacrifier ma vie », dit-il.

Parmi ceux qui l'ont aidé à sortir de prison, Danielle Mitterrand occupe une place de choix. A tel point que lors de la Coupe du monde de football en 1998, Bagdro prie chaque jour au temple pour l'équipe de France. « Mme Mitterrand m'avait sauvé la vie, donc la France devait gagner ! » Ses prières sont exaucées. Mais onze ans plus tard, la déception se lit sur son visage. En 2009, Paris n'a pas officiellement reçu le dalaï-lama, Nicolas Sarkozy s'est rendu aux JO de Pékin, contrairement à ce qu'il avait d'abord annoncé, et les contrats avec la Chine se sont multipliés. « Le chef de l'Etat a changé très vite ! », remarque Bagdro, qui guette un nouveau revirement du « président du pays des droits de l'homme ». W

Faustine Vincent