Des émeutes meurtrières secouent le Xinjiang

Sophie Cois (avec AFP)

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La Chine a été le théâtre ce week-end des émeutes ethniques les plus violentes qu'elle ait connues depuis des décennies. Dimanche, des affrontements ont fait, selon les autorités de police régionales, au moins 156 morts et 828 blessés à Urumqi, la capitale régionale du Xinjiang, une région autonome du nord-ouest du pays. Les heurts ont eu lieu entre des Ouïgours, peuple turcophone et musulman majoritaire dans la région, et des Hans, l'ethnie dominante en Chine. Les circonstances de ces violences sont encore floues. Le gouvernement a accusé les Ouïgours d'avoir attaqué les Hans et a pointé du doigt la dissidence ouïgoure en exil. Mais selon les premiers témoignages, c'est un rassemblement pour protester contre la mort de deux ouvriers ouïgours dans le sud du pays qui aurait dégénéré lorsque les forces de l'ordre ont tiré sur des manifestants. La télévision chinoise a montré des blessés couverts de sang, des véhicules incendiés et la foule jetant des pierres sur les policiers. Des centaines de personnes ont été arrêtées, selon les autorités.

Selon des habitants, Urumqi était comme morte hier. Les commerces sont restés fermés et un couvre-feu a été décrété. Internet et les communications mobiles ont été interrompus, et les forces de l'ordre quadrillaient la ville. La province, peuplée de 8,3 millions d'Ouïgours, est régulièrement en proie à des troubles séparatistes. Elle fait partie, avec le Tibet (lire ci-dessous), des régions où la répression chinoise est particulièrement forte. La flambée de violence d'Urumqi évoque d'ailleurs les émeutes de Lhassa, la capitale du Tibet, le 14 mars 2008 - la Chine avait accusé des Tibétains d'avoir attaqué des Hans et tué dix-huit civils et un policier. « Les Hans étouffent les Ouïgours », explique Jean-Vincent Brisset, de l'Institut de relations internationales et stratégiques. Hier, plusieurs pays ainsi que l'ONU ont appelé au respect des droits démocratiques. W