Menacé, Gad Elmaleh renonce à se produire au Liban

POLEMIQUE Le Hezbollah a lancé une attaque en règle contre l'humoriste, l'accusant d'être juif...

David Hury

— 

L'humoriste Gad Elmaleh a été vendredi après-midi assigné à comparaître devant la 1ère chambre civile du tribunal de grande instance de Draguignan par la ville de Saint-Raphaël qui lui réclame 100.000 euros de dommages et intérêts pour avoir annulé lundi son spectacle, a-t-on appris auprès de l'avocat de la commune.
L'humoriste Gad Elmaleh a été vendredi après-midi assigné à comparaître devant la 1ère chambre civile du tribunal de grande instance de Draguignan par la ville de Saint-Raphaël qui lui réclame 100.000 euros de dommages et intérêts pour avoir annulé lundi son spectacle, a-t-on appris auprès de l'avocat de la commune. — Fethi Belaid AFP/Archives
De notre correspondant au Liban

Les festivals d’été libanais ont repris des couleurs, trois ans après la guerre entre le Hezbollah et Israël. Les têtes d’affiche sont légion avec, entre autres, le comédien et humoriste Gad Elmaleh. Son nom était sur toutes les bouches depuis l’annonce des programmes des festivals. Les tickets pour les deux dates initialement prévues ayant été vendus en quelques jours, les organisateurs avaient même décidé d’ajouter une troisième soirée, les 13, 14 et 15 juillet prochain. Mais samedi soir, l’entourage du comédien a fait savoir que Gad Elmaleh «renonçait à sa venue au Liban». La raison évoquée, selon son agent Gilbert Coullier: «différentes manifestations d’hostilité et appels au boycott à l’encontre de la venue» de l’humoriste.

La polémique est arrivée, mercredi dernier, par la chaîne de télévision affiliée au Hezbollah et interdite d’émission en France, Al-Manar. En ouverture du journal télévisé, un sujet présente le comique Franco-Marocain comme un «soldat israélien» ayant milité directement et financièrement en faveur de l’armée israélienne. Un «crime de haute trahison» selon la législation libanaise. L’affaire est reprise par tous les médias libanais. Tout d’abord, le comité l’organisation du festival de Beiteddine ne comprend pas l’ampleur prise par cette nouvelle. Mais le soufflé ne retombe pas. La campagne de presse, dans les journaux et surtout sur Internet, devient hargneuse et résolument hostile. Sur le forum d’Al-Manar par exemple, les appels au meurtre sont clairs. Le couperet est donc tombé trois jours après le début de la polémique: Gad Elmaleh ne prendra pas de risque, les billets seront intégralement remboursés.

Au Liban, une grande partie de la population ne cache pas sa haine vis-à-vis de tout ce qui touche de près ou de loin à «l’entité sioniste», après 22 ans d’occupation (1978-2000) et la guerre sanglante de juillet 2006. Mais d’autres refusent aussi cet état de guerre permanent. «Je ne comprends pas l’amalgame qui est fait entre l’humoriste et sa religion, regrette Michèle, une éditrice beyrouthine. Il est juif, et alors? Ce qui me fait le plus mal, c’est de lire dans la presse occidentale que c’est le “Liban tout entier” qui est comme ça! C’est faux!» Dès dimanche matin, la contre-offensive s’est organisée avec, en premier lieu, un groupe sur Facebook – très prisé des Libanais – dénonçant le «terrorisme intellectuel» imposé par le Hezbollah, et appelant à diffuser sur écran géant le dernier spectacle de Gad Elmaleh, les trois soirs du festival. Pour le principe. «Se taire, c’est accepter», conclut le message circulant sur Facebook. Avec «l’affaire Gad», la ligne de fracture est de plus en plus claire dans la société libanaise.

Ce type d'articles ayant déjà donné lieu à des débordements, nous le fermons aux commentaires.