Mort de la reine Elisabeth II : « On a eu quatre ruptures de stocks »... A Londres, les ventes de fleurs explosent

REPORTAGE Depuis l’annonce de la mort de la reine Elisabeth II jeudi soir, des milliers de Britanniques et de touristes achètent des bouquets de fleurs pour rendre hommage à leur souveraine disparue

Anissa Boumediene
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Les Britanniques ont rendu hommage à la souveraine décédée jeudi, en se ruant sur les bouquets de fleurs.
Les Britanniques ont rendu hommage à la souveraine décédée jeudi, en se ruant sur les bouquets de fleurs. — Anissa BOUMEDIENE pour 20 Minutes
  • Des milliers de Britanniques et de touristes achètent des bouquets de fleurs pour rendre hommage à la reine Elisabeth II, disparue jeudi.
  • Après avoir recouvert les grilles de Buckingham Palace de bouquets de fleurs, Britanniques et touristes sont invités depuis ce samedi à déposer leurs brassées de fleurs à Green Park, à quelques centaines de mètres, où un mémorial éphémère a vu le jour.
  • Pour les fleuristes et les commerçants de la ville qui vendent des fleurs, c’est une demande exponentielle à laquelle il faut faire face, et ils font des affaires royales.

De notre envoyée spéciale à Londres,

Un océan de fleurs et une marée humaine. Depuis l’annonce jeudi soir de la mort de la reine Elisabeth II, des milliers de Britanniques et de touristes se sont rendus à Buckingham Palace pour déposer fleurs, cartes et bougies en mémoire de leur Queen adorée. Un palais royal dont les grilles se sont rapidement transformées en murs de fleurs, tant les passants en ont déposé. A tel point que ce samedi, c’est désormais à quelques centaines de mètres de là, à Green Park, que les Britanniques sont invités à rendre hommage à leur souveraine disparue.

C’est dans ce parc qui jouxte le Palais-Royal qu’a été installé un mémorial où royaux sujets et touristes se pressent pour déposer bouquets et brassées de fleurs pour leur reine. De quoi générer un pic hors norme d’activité pour les fleuristes londoniens, qui depuis jeudi soir font de royales affaires.

« On a acheté notre bouquet à l’autre bout de la ville »

A la sortie de la station de métro à Green Park ce samedi, tout le monde ou presque a les bras chargés de fleurs. Et au cœur du parc, une foule dense s’est recueillie, et a déjà transformé l’espace vert en un parterre fleuri de toutes les couleurs. Roses, tournesols, orchidées et variétés à pétales à perte de vue ornent ce mémorial improvisé pour accueillir les hommages des Britanniques.


Et beaucoup ont anticipé le coup pour ne pas arriver bredouille. « On a eu peur de ne pas en trouver ici, alors on a acheté notre bouquet à l’autre bout de la ville, avant de prendre le métro », racontent un père et sa fille, qui ont payé 20 livres pour leur bouquet composé. Un peu plus loin, une trentenaire a les bras à peine assez longs pour tenir le superbe bouquet de camélias rose pâle qu’elle s’apprête à déposer. « Je l’ai commandé hier soir, il a coûté 80 livres, mais j’avais vraiment envie de lui offrir quelque chose de magnifique ».

Au pied des arbres et sur les grandes pelouses du parc, les belles compositions florales forment vite un océan de couleurs vives. Et Sue est très fière de celle qu’elle est sur le point de déposer. « Je suis fleuriste dans un petit village, confie celle qui passe le week-end à Londres avec son groupe d’amies, toutes équipées de splendides brassées de fleurs. J’ai choisi mes plus belles fleurs et composé moi-même tous les bouquets avant de prendre la route ».

« Des clients nous commandent depuis les Etats-Unis des bouquets à déposer pour la reine »

A quelques centaines de mètres du parc, chez Wild Things Flowers, « depuis jeudi, on a eu énormément de clients venus acheter leurs fleurs avant de se rendre à Buckingham, explique Louise. On a eu une affluence record, et vendredi, la demande était sans précédent, nous avons dû réapprovisionner le magasin deux fois. Heureusement que nous avions fait des précommandes et prévu un stock important, donc on n’a pas eu de difficultés d’approvisionnement. Même si ce samedi, certaines couleurs étaient plus dures à trouver, notamment le blanc et le vert, très rares sur le marché aux fleurs ce jour ».

Une fleuriste qui vend beaucoup de fleurs directement en de telles circonstances, cela semble plutôt logique. En revanche, « étonnamment, nous avons eu beaucoup de gens des Etats-Unis et d’autres pays d’Europe qui, souhaitant transmettre leurs condoléances, nous ont téléphoné pour acheter des bouquets à livrer par nos soins directement à Buckingham Palace et dans le parc, à défaut pour eux, de pouvoir les déposer personnellement ». De quoi ajouter quelques touches de couleur aux nuées de fleurs qui emplissent ce mémorial improvisé.


« On n’a jamais eu une telle demande, c’est sans précédent »

Mais pour celles et ceux arrivés les mains vides aux portes du palais royal ou du parc, se procurer des fleurs à la dernière minute vire vite à la mission quasi impossible. « J’arpente le quartier depuis tout à l’heure et je ne trouve rien », s’agace Anna, qui interpelle une passante pour lui demander où elle a trouvé le bouquet qu’elle a dans les mains. « Au supermarché, juste ici, lui indique son interlocutrice en lui pointant du doigt le commerce en question. Ils viennent juste de faire un réassort, dépêchez-vous, ça part vite ».

Dans le supermarché indiqué, Anna souffle de soulagement : un rayon entier de bouquet de roses s’offre à elle. Et celle qui a filé son bon plan n’avait pas menti, ça part vite ! « On a un rayon fleurs habituellement bien garni, avec une large variété de compositions et de prix, indique la manager. Mais depuis jeudi, on a une demande sans précédent, on n’avait jamais vu ça ! Rien qu’aujourd’hui, on a eu plusieurs ruptures de stock, on a tout vendu et entièrement réassorti le rayon au moins quatre fois ! Heureusement que notre fournisseur nous a assuré une livraison directe ».

« Tout ce qui nous restait, c’était des plantes d’intérieur, et les gens les achetaient »

« Ce matin encore, on avait du choix avec des bouquets variés et pour toutes les bourses, de 3,50 à 35 livres. Mais là, nous n’avons plus que des bouquets de roses, pourtant d’habitude on n’en vend pas autant, à moins que ce soit la Saint-Valentin, plaisante-t-elle. Mais aujourd’hui, c’est vraiment de la folie : à un moment, les ventes ont été telles que tout ce qui nous restait, c’était des plantes d’intérieur, et les gens les achetaient ! On attend d’autres livraisons pour les prochains jours, en espérant pouvoir répondre à la demande ».

Une demande qui n’a pas échappé à quelques malins. Dans le parc, Jimmy, 26 ans, ne chôme pas. « 5 livres la rose, 20 livres les 5 », indique une pancarte collée sur ses deux seaux, l’un à moitié rempli de roses blanches, l’autre où ne restent plus que quelques roses rouges. « Je me suis installé ce matin, et les affaires marchent très bien », se réjouit-il avant de vendre les trois dernières roses rouges qui lui restaient.