Mort de la reine Elisabeth II : Mais pourquoi les Américains admiraient-ils autant « the queen » ?

ROMANCE Malgré le passif de l'histoire, Elizabeth II avait une relation privilégiée avec l'Amérique, et ses présidents

Philippe Berry
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La reine Elisabeth II danse avec le président américain Gérald Ford à la Maison Blanche, en 1976.
La reine Elisabeth II danse avec le président américain Gérald Ford à la Maison Blanche, en 1976. — AFP

Cela peut paraître paradoxal. Dans un pays qui a mené une révolution contre « la tyrannie » du roi George III, Elisabeth II était l’une des femmes les plus admirées aux Etats-Unis. Et si la souveraine décédée jeudi a presque toujours bénéficié d’une bonne image dans l’opinion américaine, sa popularité s’est renforcée dans les années qui ont suivi la mort de Diana.

En 70 ans de règne, Elizabeth II s’est hissée à 52 reprises dans le top 10 de l’institut Gallup des femmes les plus admirées. Un record qui la place loin devant la reine de la télé Oprah (33) ou Hillary Clinton (29). Chez les hommes, seul Billy Graham, un pasteur blanc qui a soutenu Martin Luther King, a fait mieux (61).

Malgré les critiques contre la famille royale de Meghan Markle, près de sept Américains sur dix avaient, l’an dernier, une bonne image d’une reine gardant soigneusement ses opinions pour elle, selon le baromètre de YouGov. C’est deux fois plus que celui qui était jusqu’à jeudi le Prince Charles. Ses prises de position plus tranchées, notamment sur le climat, rendent le nouveau roi davantage populaire chez les démocrates que chez les républicains.

Courtisée par les présidents américains

La « princesse Lilybet » fait pour la première fois la couverture de Time Magazine – avec un portrait peint – en 1929, à l’âge de trois ans, avec des boucles dorées et un air pensif.


Son accession au trône, en 1953, ne passionne pas l’Amérique. Deux personnes sur trois déclarent avoir une bonne image de la nouvelle souveraine, jugée « gentille, sincère et honnête », mais la même proportion dit ne pas s’intéresser à son couronnement.

Les présidents américains, en revanche, la courtisent tous. Elle en rencontrera 13 – sur 46 dans l’histoire américaine. Elisabeth II donne sa recette des scones à Eisenhower, danse avec Gerald Ford à la Maison Blanche pour le bicentenaire des Etats-Unis, en 1976, et fait du cheval avec Ronald Reagan au palais de Windsor.


Les locataires de la Maison Blanche voient dans ces rencontres la validation ultime de leur pouvoir, explique au New York Times l’historien Alvin Felzenberg, qui a travaillé pour les administrations Bush père et fils : « Vous avez vraiment réussi (dans la vie) quand vous accueillez la reine chez vous (…) et qu’elle parle au peuple américain du lien entre les deux pays. »

Car si le Royaume-Uni et son ancienne colonie se sont affrontés lors de la guerre d’indépendance des Etats-Unis entre 1775 et 1783, puis lors du conflit de 1812, la nouvelle nation « a vite compris qu’elle aurait besoin de maintenir des liens forts (avec Londres) pour des raisons diplomatiques et sécuritaires », écrit Arianne Chernock, professeur d’histoire à Boston University. Ce pragmatisme sera ensuite remplacé par la fameuse « special relationship » forgée par la Seconde Guerre mondiale.

L’après Diana

Dans les années 1980, Elizabeth II se fait éclipser par un soleil nommé Diana. L’Amérique s’enthousiasme pour la princesse de Galles, tourbillon frais et glam qui danse avec John Travolta à la Maison Blanche en 1985.

La princesse Diana a dansé avec John Travolta à la Maison Blanche le 9 novembre 1985.
La princesse Diana a dansé avec John Travolta à la Maison Blanche le 9 novembre 1985. - Anonymous/AP/SIPA

Mais le conte de fées tourne court avec les infidélités du prince Charles qui aboutissent au divorce du couple, avec une relation Diana-Elisabeth compliquée. Puis au drame, sous le pont de l’Alma, le 31 août 1997, quand Diana meurt dans un crash avec son compagnon Dodi Fayed, leur véhicule poursuivi par les paparazzi.

La cote de popularité de la reine touche alors un plus bas aux Etats-Unis, à 47 % d’opinions favorables. Mais Tony Blair convainc la reine de faire preuve de compassion et de quitter Balmoral pour venir rendre hommage à Lady Di, et un discours d’Elisabeth lui permet d’inverser la tendance, d’abord au Royaume-Unis, puis outre-Atlantique. Un peu moins de 18 mois plus tard, en décembre 1998, elle est revenue à ses plus hauts. Les présidents américains – Clinton, Bush, Obama, Trump, Biden – défileront. Elisabeth II, elle, restera à jamais the « queen of the world ».