Le scandale des « biens mal acquis » perdure

Sophie Cois

— 

La France rechigneà agir afin de préserver ses intérêts (ici à Libreville, au Gabon).
La France rechigneà agir afin de préserver ses intérêts (ici à Libreville, au Gabon). — I. SANOGO / AFP

Les chiffres dans l'affaire des « biens mal acquis » (lire encadré)

sont impressionnants. Entre 105 et 180 milliards de dollars (75 à 130 milliards d'euros) ont été détournés par une trentaine de dictateurs, selon le rapport du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) publié hier, intitulé « Biens mal acquis, à qui profite le crime ? ». Au « palmarès » des dirigeants ayant détourné le plus d'argent figurent l'Irakien Saddam Hussein (entre 7,2 et 28,8 milliards d'euros), le dernier chah d'Iran, Mohammed Reza Pahlavi (25,2 milliards), le dictateur indonésien Suharto (entre 12,6 et 25,2 milliards), l'ancien président ivoirien Félix Houphouët-Boigny (entre 5 et 7 milliards) et l'ex-chef d'Etat philippin Ferdinand Marcos (entre 3,5 et 5 milliards).

Le CCFD avait déjà publié un rapport sur la question en 2007. Deux ans plus tard, « en dépit des promesses répétées de guerre à la corruption, seuls 1 à 4 % des avoirs détournés ont été restitués aux populations volées », note le nouveau rapport. La Suisse, soucieuse de changer son image de paradis fiscal pour dictateurs, est le pays qui a rendu le plus de fonds depuis une douzaine d'années. La France, elle, « n'a quasiment pas bougé le petit doigt, alors qu'elle se pose parfois en porte-parole du monde en développement », dénonce le CCFD. En cause, ses nombreux intérêts économiques à l'étranger. A titre d'exemple, le rapport revient sur la réticence de la France à enquêter sur les « biens mal acquis » de l'ancien chef d'Etat gabonais Omar Bongo. « Certains intérêts français auraient beaucoup à perdre si Paris lâchait un allié aussi fidèle que le clan Bongo », affirme le document, qui détaille ensuite les activités d'entreprises telles que Total, Areva, France Télécoms, Veolia, Bolloré, la Société générale ou BNP Paribas au Gabon. Jean Merckaert, l'un des auteurs du rapport, estime de son côté que depuis 2007, « l'indignation s'est généralisée [dans l'opinion publique française] et la complaisance envers les dictateurs n'est plus d'actualité ».

Le constat global n'est toutefois pas très encourageant. Le gouvernement irakien a ainsi épinglé l'attitude de Paris, « qui refuse toujours de restituer aux autorités de Bagdad 23,48 millions d'euros bloqués à la Banque de France depuis la chute de Saddam Hussein », selon le CCFD. Seul un yacht du dictateur a été rendu aux Irakiens en juillet 2008. W