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DIPLOMATIEUn mystérieux meurtre en mer agite la Corée du Sud

Corée du Sud : Un mystérieux meurtre en mer, à la frontière nord-coréenne, agite le pays

DIPLOMATIELe nouveau président sud-coréen est accusé d’utiliser cette affaire pour camoufler ses difficultés dans la gestion du pays
Le président de la Corée du Sud accusé de manipuler de sombres affaires pour camoufler ses difficultés politiques.
Le président de la Corée du Sud accusé de manipuler de sombres affaires pour camoufler ses difficultés politiques. - JUNG YEON-JE / AFP / SIPA
20 Minutes avec AFP

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Les mystères de l’Est. Un fonctionnaire sud-coréen abattu et brûlé par des soldats nord-coréens dans leurs eaux territoriales : ce meurtre, si choquant qu’il a poussé le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un à présenter ses excuses, est devenu un âpre débat en Corée du Sud.

Les détails restent sommaires et en partie confidentiels au sujet de ce fonctionnaire sud-coréen Lee Dae-jun qui s’est retrouvé, en septembre 2020, flottant dans son gilet de sauvetage dans les environs de la ligne de démarcation Nord-Sud. Pyongyang avait à l’époque reconnu avoir tiré une dizaine de coups de feu sur l’homme. Dans une déclaration du bureau de la présidence à Séoul fin septembre 2020, Kim Jong Un s’était dit « profondément désolé » pour « cet événement imprévu et honteux ».

Les autorités sud-coréennes s’entredéchirent sur l’affaire

L’armée sud-coréenne avait, elle, affirmé que ce responsable des pêches de 47 ans avait subi plusieurs heures d’interrogatoire alors qu’il était dans l’eau et aurait affirmé vouloir faire défection, avant d’être tué sur « ordre d’une autorité supérieure ».

Le fonctionnaire était-il un transfuge fuyant des dettes de jeu, comme l’a déclaré à l’époque le gouvernement du président sud-coréen Moon Jae-in, citant des informations qu’il a ensuite mises sous scellés pour 30 ans ? Ou cette version des faits était-elle en réalité une campagne de dissimulation au plus haut niveau, comme l’a affirmé le gouvernement du nouveau président sud-coréen Yoon Suk-yeol, qui a lancé une action en justice concernant la gestion de l’affaire par l’ancienne administration ?

Les services de renseignement affirment que leur ancien chef, Park Jie-won, a détruit des preuves montrant que Lee Dae-jun n’avait pas l’intention de s’installer à Pyongyang. L’intéressé rejette ces allégations, dénonçant une « vengeance politique ».

Une seconde affaire sensible

La nouvelle administration conservatrice a également rouvert l’enquête sur une deuxième affaire sensible, dans laquelle deux pêcheurs nord-coréens qui avaient avoué avoir tué 16 membres d’équipage en mer ont été expulsés par la Corée du Sud vers le Nord en 2019.

Le gouvernement de l’époque avait estimé que la nature brutale de leurs crimes privait les deux hommes des protections habituelles accordées aux transfuges nord-coréens et empêchait de les considérer comme des réfugiés.

Un stratagème politique ?

Pour les analystes, les affrontements politiques autour de ces deux affaires font courir le risque d’une interprétation partisane des renseignements classifiés et de la loi. Les critiques affirment que le nouveau président sud-coréen, plombé par des taux de désapprobation record quelques mois seulement après son élection, cherche en rouvrant ces dossiers à restaurer sa popularité auprès des électeurs mécontents. Les partisans de cet ancien procureur, qui a remporté une élection serrée en mars en promettant d’observer une ligne dure contre Pyongyang, affirment qu’il essaie simplement de résoudre les affaires.

Mais les critiques affirment que le président privilégie la « politique de la vengeance » au détriment de problèmes politiques plus urgents, comme l’inflation galopante et la chute de la monnaie.

« C’est une chose de soulever des questions et d’exiger des réponses sur la manière dont l’ancien gouvernement a traité ces deux affaires. Mais enquêter sur d’anciens responsables est une chose totalement différente qui soulève inévitablement des soupçons de motivations politiques », estime Kim Jong-dae, de l’Institut Yonsei d’études nord-coréennes.

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