Mort de la reine Elisabeth II : « C’est comme si on avait perdu notre grand-mère »… Devant Buckingham Palace, les Anglais pleurent leur « Queen »

REPORTAGE Dans la capitale britannique, des milliers de personnes se sont rassemblées devant Buckingham Palace pour rendre hommage à la reine Elisabeth II, décédée ce jeudi à l’âge de 96 ans

Anissa Boumediene
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Sharon, Coco et Laura sont venues rendre hommage à Elizabeth II devant Buckingham Palace, le 8 septembre 2022.
Sharon, Coco et Laura sont venues rendre hommage à Elizabeth II devant Buckingham Palace, le 8 septembre 2022. — A.BOUMEDIENE/20 MINUTES
  • La reine Elisabeth II s’est éteinte ce jeudi à l’âge de 96 ans, dans son château de Balmoral en Ecosse.
  • Au Royaume-Uni, le peuple pleure sa souveraine qui aura régné 70 ans.
  • A Londres, des milliers de personnes se sont rassemblées pour rendre hommage à leur « Queen ».

De notre envoyée spéciale à Londres,

Bouquet à la main, Laura, sa fille Coco, et Sharon, son amie de longue date, tentent fébrilement de fendre la foule rassemblée devant Buckingham Palace. Une foule étreinte par une même émotion : la tristesse d’avoir perdu celle qui les a accompagnées toute leur vie. Ce jeudi, la reine Elisabeth II s’est éteinte, « paisiblement » au château de Balmoral en Ecosse, à l’âge de 96 ans.

Après soixante-dix ans de règne, la souveraine britannique laisse un peuple orphelin. Des royaux sujets endeuillés, venus en nombre devant le palais royal britannique rendre hommage à leur souveraine.

« La reine, c’était notre roc »

Devant les grilles de Buckingham Palace ce jeudi soir, des policiers tiennent un cordon de sécurité et s’assurent que les Londoniens saluent la mémoire de leur reine dans un calme qui sied aux circonstances. Pas de quoi détourner Laura, Coco et Sharon de la mission qu’elles se sont fixées. « On a fait 1h30 de route depuis Cambridge », confie Laura. Mais plus tôt dans la journée, en apprenant la nouvelle, « on a d’abord beaucoup pleuré, on était en état de choc. On a regardé les informations télévisées pendant deux heures, puis, à 21h30, on s’est dit qu’on allait prendre la route pour Buckingham Palace, pour déposer quelques fleurs en la mémoire de notre reine. Elle a tellement fait pour le pays au cours de ses soixante-dix ans de règne, que c’était important pour nous de montrer à quel point elle était aimée ».

Une affection que partage son amie Sharon : « Elle a toujours été là, nous n’avons connu qu’elle toute notre vie. Elle a su rester stoïque dans les temps les plus difficiles et nous a fait ressentir son affection pour nous-même sans être tous les jours dans notre vie. On s’est toujours promis que le jour où elle s’en irait, on serait là, devant le palais royal. La reine, c’était notre roc ». Il faut dire qu’Elisabeth II « est sur nos billets, nos timbres, nos immeubles, partout ! Elle est l’incarnation de notre pays, renchérit Laura, sous le regard de sa fille Coco. On va déposer nos bouquets et reprendre la route pour Cambridge, Coco a école demain et le réveil va piquer ».

« C’est une icône »

Un peu plus loin, bien qu’on soit au pays de Shakespeare, c’est dans la langue de Molière que Margot, Kevin, Lucas et Evan, quatre Français expatriés à Londres, conversent. Quelques mois après avoir assisté ensemble aux célébrations du jubilé de la reine, le groupe s’est naturellement retrouvé devant les portes du palais royal. Margot, guide touristique dans la capitale britannique, ne cache pas sa tristesse. « Je ne pensais pas que je serais autant affectée, mais c’est dur, j’ai ressenti beaucoup d’émotion en arrivant ici, en voyant la foule, et toutes ces fleurs ». La disparition de la reine, « on l’a apprise à la londonienne, c’est-à-dire au pub en sortant du boulot », racontent Kevin et Lucas.


Et bien qu’ils ne soient pas de « vrais » sujets de Sa Majesté, tous ont voulu se retrouver devant Buckingham Palace. « Depuis qu’on habite à Londres, on a suivi tous les grands événements historiques, on a assisté au jubilé, des célébrations exceptionnelles », se souviennent Margot et Evan. « Et ce qui est exceptionnel, c’est qu’il s’agit une personne qui a traversé toutes les époques. Elle a marqué l’histoire, a vécu la Seconde Guerre mondiale, a réussi à unir son peuple et au-delà », poursuit Evan. Et pour résumer, « c’est une icône la reine ! Donc si nous vivons un événement malheureux, c’est aussi un moment historique », explique Lucas. Après tout, « entre la longévité de son règne et l’ensemble de son action, elle a marqué l’histoire, estime Kevin. Et sa mémoire va perdurer dans le futur, à l’instar d’un Alexandre le Grand ou d’un Jules César. Dans plusieurs siècles, on parlera encore d’elle ».

« On a tout arrêté et chanté l’hymne national »

Devant les grilles du palais, un autre groupe, de jeunes Londoniens pur jus, étend un drapeau britannique au sol. « On travaille dans un pub de l’East London, et ce soir, c’était rempli de supporters de West Ham qui allaient voir le match, raconte Dean, 29 ans. Mais quand on a appris la mort de la reine, on a tout arrêté pour chanter l’hymne national [God saves the Queen], c’était très émouvant. Puis on s’est dit que c’était le moment de lui rendre hommage, pour ses 70 ans de service, de la part de nos proches. Après tout, on l’a connue toute notre vie, nos parents aussi et nos grands-parents également ! Alors on est venus dès qu’on a fini notre service, juste pour être là, et déposer ce drapeau, de la part de mon père ».


Car pour beaucoup d’Anglais, la reine était comme un membre de la famille. « C’est un peu comme si on avait perdu notre grand-mère, elle a toujours été là pour nous, explique Lee, 26 ans. On se doutait bien que ce jour arriverait, surtout depuis la mort du prince Philip qui l’avait beaucoup affectée, mais pour nous elle était éternelle, sourit doucement le jeune homme, repensant à l’arc-en-ciel qui a brillé au-dessus du palais dans l’après-midi. C’est beau qu’elle ait vécu ses derniers instants dans son château de Balmoral, qu’elle aimait tant, entourée de ses proches ».

« Je me rappellerai toute ma vie que j’étais là »

Seul, Domingo immortalise cette soirée particulière avec son smartphone. Pourtant, il n’était même pas censé être ici. « Je ne faisais qu’un passage éclair à Londres pour mon travail », explique le Canadien de 41 ans. Il a toutefois pris le temps de venir se recueillir à Buckingham Palace pour celle qui « a toujours été une grande reine. Mais c’est surréaliste de se dire qu’elle a toujours été là, elle qui est venue plein de fois au Canada, et qu’elle s’est éteinte. C’est une grande perte, mais c’est une femme qui a vécu une grande vie. Alors c’est un jour triste, mais je veux célébrer sa vie. C’est un moment particulier, inoubliable, je me rappellerai toute ma vie que j’étais là pour lui rendre hommage ! Car en tant que Canadien, elle est aussi notre reine ! »


Si Domingo repart dans quelques heures de l’autre côté de l’Atlantique, les autres, eux, ne comptent pas s’arrêter là. « On suivra tous les prochains hommages rendus à la reine, revenir à Buckingham Palace et assister aux funérailles », assurent les quatre Français. Même programme pour les jeunes Londoniens de l’Est. « C’est une figure importante pour nous, alors on sera là pour l’accompagner dans ce moment si particulier ». Quant à Coco, qui n’aura pas école ce week-end, elle refera également la route depuis Cambridge avec sa mère et son amie. « On ne va rien manquer, promet Laura, pour honorer notre reine jusqu’au bout ! »