Guerre en Ukraine : Est-ce vraiment possible de faire sauter la centrale nucléaire de Zaporojie ?

FAKE OFF Selon des experts, la constrution de la centrale de Zaporijie ne lui permet pas d'exploser en cas d'attaque

L F
Un panneau de danger nucléaire (Illustration)
Un panneau de danger nucléaire (Illustration) — PIERRE EMMANUEL DELETREE//SIPA
  • Sur les réseaux, des vidéos tournées à la centrale de Zaporijie affichent les matériels stockés par l'armée russe, à proximité du réacteur.
  • Les internautes s'inquiètent du danger nucléaire que cela pourrait représenter en cas d'explosion.
  • Mais selon plusieurs experts, la centrale est assez bien sécurisée par sa construction, « même si le risque 0 n'existe pas ».

Sous contrôle russe, la centrale ukrainienne de Zaporojie inquiète. Depuis quelques jours, les frappes se multiplient autour de la plus grande centrale nucléaire d’Europe. Sur les réseaux sociaux, une vidéo largement relayée montre même la présence de plusieurs équipements militaires russes stockés à l’intérieur. « Des terroristes russes ont placé du matériel militaire et des explosifs dans la salle des machines de la centrale nucléaire de Zaporojie », estime un premier internaute. « Les Russes vont faire sauter l’usine parce qu’aucun pays ne veut aider l’Ukraine à les arrêter », surenchérit un second.

Mais est-ce vraiment possible de faire exploser une centrale nucléaire ? Nous avons interrogé Emmanuelle Galichet, docteure en physique nucléaire et maîtresse de conférence au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) à ce sujet.

FAKE OFF

« Le risque 0 n’existe malheureusement pas », répond d’emblée la spécialiste. Cependant, la construction de la centrale de Zaporojie rassure Emmanuelle Galichet. « La manière dont elle a été conçue lui permet d’être résistante à pas mal de choses ». Rien à voir donc avec les précédentes catastrophes nucléaires, comme Tchernobyl ou Fukushima. La centrale de Zaporojie ressemble davantage aux constructions françaises.

En réalité, la centrale est couverte par une enveloppe qui lui sert de bouclier. « L’enceinte de confinement est en béton armé et fait presque un mètre d’épaisseur », explique Emmanuelle Galichet. Pour ce qui est du cœur du réacteur, il est enfermé dans une cuve, lui-même protégé par un puits de cuve. Et en surface, une dalle très robuste limite la casse des chutes d’objets lourds. Toutefois, la docteure est inquiète sur un point : « Aucun exploitant nucléaire n’a fait de démonstration de sûreté afin de prouver qu’une guerre et des armes plus ou moins puissantes ne pouvaient pas atteindre la centrale ».

« L’intérieur est une structure complexe et compartimentée »

Le constat d’Emmanuel Galichet est partagé par les experts du magazine Défense & Sécurité internationale. Sur un fil publié sur Twitter, ce vendredi, la presse spécialisée a répondu aux différentes craintes d’une future explosion : « Qu’il y ait des camions n’indique pas que quelque chose va se passer ». Selon l’auteur, le matériel est surtout entreposé dans le bâtiment turbine, « adjacent au bâtiment réacteur ». Comme nous l’indiquait Emmanuelle Galichet, les matériaux de la centrale limitent les risques d’une terrible explosion. « Le bâtiment turbine est construit en béton, avec des structures (murs/toit) en métal. L’intérieur est une structure complexe et compartimentée », souligne le compte Twitter Défense & Sécurité internationale.


Selon eux, le risque dépendrait surtout du volume d’explosif et de leurs emplacements. « Il n’est pas certain que le bâtiment réacteur puisse être touché, ni que des organes essentiels et pouvant relâcher de la radioactivité (générateurs de vapeurs, boucles primaires, pompes primaires et auxiliaires) en son sein le soient », conclut l’auteur, qui confirme les dires de la chercheuse du CNAM : « Zaporijie n’est ni Tchernobyl ni Fukushima : les structures de confinement diffèrent ».

De trop fortes conséquences

Emmanuelle Galichet et Défense & Sécurité internationale sont également d’accord sur un point : la Russie ne se risquerait pas à faire exploser une centrale en Ukraine. « Les Russes et Ukrainiens sont conscients du risque qu’ils font peser sur leur population avant tout », avance Emmanuelle Galichet. « Des rejets plus ou moins massifs sont susceptibles de poser problème aux Russes eux-mêmes », explique l’auteur de Défense & Sécurité internationale. Cela ressemblerait plutôt à une stratégie de la peur qui joue sur l’angoisse des risques nucléaires, certainement exacerbés par les catastrophes nucléaires comme Tchernobyl.


Toutefois les frappes autour de Zaporojie ne peuvent pas être ignorées. « Nous devons nous préparer à tous les scénarios possibles », a récemment alerté le ministre de l’Intérieur ukrainien, Denys Monastyrsky, lors d’un déplacement à la centrale. L’Agence internationale de l’énergie automatique (AIEA) a également été missionnée par l’OTAN pour une mission d’experts sur place, qui a toutefois été rejetée par l’Ukraine. Ce vendredi Vladimir Poutine et Emmanuel Macron auraient convenu lors d’un entretien téléphonique d’une inspection de Zaporojie par l’AIEA « dans les plus brefs délais ».

Début août, des bombardements avaient « gravement endommagé » une station renfermant de l’azote et de l’oxygène et un « bâtiment auxiliaire ». « Il existe toujours des risques de fuite d’hydrogène et de substances radioactives, et le risque d’incendie est également élevé », avait alors estimé la compagnie ukrainienne de l’énergie atomique Energoatom.