Algérie : « Scènes de désolation » après des incendies ayant fait au moins 38 morts

BRASIERS Plus de 200 personnes ont été blessées et au moins 38 tuées

20 Minutes avec AFP
De la fumée s'élève après un feu de forêt dans le nord de l'Algérie, en août 2021.
De la fumée s'élève après un feu de forêt dans le nord de l'Algérie, en août 2021. — RYAD KRAMDI / AFP

Ces feux de forêts ont fait au moins 38 morts. Ce jeudi, les pompiers algériens tentent de maîtriser les derniers incendies dans le nord et l’extrême-est du pays au milieu de « scènes de désolation », au lendemain de violents brasiers. Le bilan des incendies de ces derniers jours s’est alourdi avec 30 morts dans la zone d’El Tarf, dans l’extrême est, près de la frontière avec la Tunisie.

Mais aussi cinq morts à Souk Ahras, deux femmes à Sétif et une personne à Guelma, dans l’est, selon la protection civile, des journalistes locaux et la télévision Ennahar. En outre, plus de 200 personnes ont été blessées, selon des médias locaux. Sur la route vers El Kala, près de El Tarf, une ville de 100.000 habitants, « une tornade de feu a tout emporté en quelques secondes, la plupart des morts ont été encerclés alors qu’ils visitaient un parc animalier », a décrit un journaliste local.

Un vent défavorable

Sur les 39 incendies ayant ravagé 14 wilayas (départements) du nord du pays, un certain nombre étaient encore en cours jeudi et les autorités redoutent des départs de feu à cause de rafales de vent. Des hélicoptères bombardiers d’eau de la protection civile et de l’armée sont intervenus dans plusieurs villes.

L’Algérie a affrété un avion bombardier d’eau russe Beriev BE 200, mais après être intervenu sur différents incendies, il a subi une panne et ne sera à nouveau opérationnel qu’à partir de samedi, a indiqué le ministre de l’Intérieur, Kamel Beldjoud, mercredi soir. Le Premier ministre, Ayman Benabderrahmane, est arrivé jeudi matin à El Tarf, selon la télévision. La gendarmerie a fermé plusieurs routes nationales à cause des incendies.

Scènes de panique

A Souk Ahras, près de la frontière tunisienne, un important incendie était toujours en cours jeudi matin dans la zone montagneuse du Djebel Oued Chouk, selon un journaliste local. Il a évoqué des scènes de panique mercredi dans cette ville de 500.000 habitants.

D’après ce journaliste, 97 femmes et 17 nouveau-nés qui se trouvaient dans un hôpital proche d’une zone forestière ont dû être évacués. Des images télévisées ont montré des habitants fuyant en courant leurs logements en flamme, des femmes portant leurs enfants dans les bras. Plus de 350 familles ont dû quitter leurs habitations.

L’impulsion du réchauffement climatique

Chaque année, le nord de l’Algérie est touché par des feux de forêt, mais ce phénomène s’accentue d’année en année sous l’effet du changement climatique. Il faisait environ 48 degrés mercredi à El Tarf, Guelma et Souk Ahras. L’été 2021 a été le plus meurtrier depuis l’indépendance algérienne : au moins 90 personnes sont mortes dans des feux de forêt qui ont ravagé le Nord, où plus de 100.000 hectares de taillis sont partis en fumée.

Le réchauffement climatique augmente la probabilité des canicules et des sécheresses et par ricochet, des incendies. Depuis le début du mois d’août, 106 incendies ont éclaté en Algérie, détruisant 800 hectares de forêt et 1.800 hectares de taillis, a précisé le ministre de l’Intérieur. Ces incendies ravivent des plaies et le débat sur l’absence d’avions bombardiers d’eau en nombre suffisant, qui avait déjà agité le pays l’été dernier après des incendies meurtriers.

Trop peu d’équipement

Lors d’un séminaire algéro-canadien sur la lutte contre les feux de forêt, des spécialistes avaient recommandé en mai « la mise en place d’un dispositif national de lutte au moins équivalent à celui qui existait dans les années 1980 ! », a indiqué sous couvert d’anonymat un expert qui participait au départ.

A l’époque, « la DTA (direction du travail aérien) disposait de 22 appareils de type Grumman qui faisaient la fierté de l’Algérie notamment en matière de lutte contre les feux de forêt », a ajouté l’expert, selon lequel les appareils « ont été vendus au dinar symbolique sans qu’aucune solution de rechange ne soit proposée ». « Certains de ces incendies ont été provoqués », a-t-il ajouté.