L'Iran, ce dilemme d'Obama

DEBAT Continuer sur un ton mesuré ou se montrer plus virulent, la pression monte...

Philippe Berry

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Le président Barack Obama au G20 à Londres le 1er avril 2009
Le président Barack Obama au G20 à Londres le 1er avril 2009 — Phil Noble / Reuters
De notre correspondant à Los Angeles


Pour qui ne le savait pas encore, Obama montre encore une fois qu'il est un type mesuré. Rarement un mot plus haut que l'autre, et des paroles qu'il pèse soigneusement. Surtout quand il s'agit d'évoquer la crise iranienne. Mais vendredi, après les menaces du guide suprême Ali Khamenei aux manifestants, la pression pour que le président américain monte au créneau s'est intensifiée.

 

Le Congrès a notamment adopté à la quasi unanimité une résolution symbolique, introduite par les Républicains, dénonçant les violences contre les manifestants. «Certains affirment que l'Amérique devrait rester silencieuse. Mais je le dis du plus profond de mon cœur, l'enjeu est ici la liberté, et c'est une cause pour laquelle le peuple américain ne sera jamais silencieux», a lancé le représentant républicain Mike Pence.

 

John McCain donne de la voix

 

La Maison Blanche a aussitôt salué cette résolution. Son porte-parole, Robert Gibbs, l'a jugeant même «en parfaite adéquation avec la ligne du président». Interviewé sur CBS après la déclaration du guide suprême, Obama a dit son «inquiétude» sur le ton d'Ali Khamenei, et il a averti l'Iran: «Le monde regarde.» Mais encore une fois, il s'est montré extrêmement mesuré, écartant l'idée que les Etats-Unis ne s'invitent dans les affaires iraniennes, même s'il a affirmé que les Etats-Unis se tenaient «aux côtés de ceux qui réclament justice pacifiquement».

 

Des réserves que n'a pas John McCain. Mercredi, l'ancien candidat à la Maison Blanche s'est lâché sur NBC. «Que devrait dire le président?», lui demande le journaliste. Il répond: «Il devrait dire que cette élection est une fraude, que le régime est corrompu et qu'on vole aux Iraniens leur droit fondamental».

 

 

Tout n'est pas aussi simple. Selon un stratège démocrate, invité sur CNN vendredi, «au-delà des questions d'ingérence, Obama a deux problèmes. D'abord, un soutien trop prononcé de l'Amérique pourrait desservir les manifestants, que les conservateurs iraniens pourraient dépeindre comme des marionnettes des Etats-Unis». Mais surtout «à supposer que Mahmoud Ahmadinejad soit le futur président, il faudra bien traiter avec lui», notamment sur des dossiers comme le nucléaire ou les guerre en Irak et en Afghanistan.

 

D'autres sont pourtant partisans la manière forte. John Bolton, l'ancien ambassadeur de George W. Bush à l'ONU, estimait mercredi sur Fox News «qu'en s'y prenant suffisamment tôt, les Etats-Unis auraient pu financer les groupes d'opposants». Avec quel objectif? «Celui de balayer l'entière structure du régime», lance-t-il, recyclant la classique pensée néo-conservatrice.

 

Obama a-t-il raison de rester en retrait, ou estimez-vous qu'il devrait donner de la voix?