Salman Rushdie poignardé : Trois questions pour comprendre l'agression de l'écrivain à New York

RECAP' L’écrivain britannique a été attaqué sur scène et est placé sous respirateur artificiel

X.R.
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Un suspect a été arrêté sur place et placé en détention.
Un suspect a été arrêté sur place et placé en détention. — Charles Fox/AP/SIPA
  • L’écrivain britannique d’origine indienne Salman Rushdie a été attaqué au couteau vendredi, alors qu’il participait à une conférence dans l’Etat de New York aux Etats-Unis.
  • Auteur de l’ouvrage controversé Les versets sataniques, il était devenu la cible d’une fatwa de l’ayatollah iranien Rouhollah Khomeiny en 1989.
  • Son agresseur présumé, un jeune homme de 24 ans, a été arrêté par la police. L’écrivain, opéré en urgence, est sous respirateur.

Alors qu’il se trouvait sur scène, vendredi, pour donner une conférence dans un amphithéâtre de Chautauqua, dans le nord-ouest de l’État de New York, Salman Rushdie a été violemment poignardé. L’écrivain britannique de 75 ans, auteur des Versets sataniques et depuis 1989 cible d’une fatwa en Iran, est entre la vie et la mort. Un suspect a été arrêté par la police américaine. Qui est-il ? Dans quel état est Salman Rushdie ? L’Iran a-t-elle réagi ? 20 Minutes fait le point.

Dans quel état de santé se trouve Salman Rushdie ?

Poignardé au cou et à l’abdomen, Salman Rushdie a été transporté en hélicoptère à l’hôpital le plus proche pour y être opéré en urgence. Sorti du bloc opératoire, l’écrivain a été placé sous respirateur artificiel. « Les nouvelles ne sont pas bonnes », a déclaré vendredi soir au New York Times l’agent de l’écrivain britannique, Andrew Wylie. « Salman va probablement perdre un œil ; les nerfs de son bras ont été sectionnés et il a été poignardé au niveau du foie », a détaillé l’agent.

Que sait-on de son agresseur ?

Le suspect a été arrêté sur place et aussitôt placé en détention, a indiqué le major de la police de l’Etat de New York, Eugene Staniszewski. Il se nomme Hadi Matar, a 24 ans, réside dans l’Etat du New Jersey. Né en Californie selon le Daily Beast, il est d’origine libanaise et est présenté comme un musulman chiite, défendant une vision conservatrice et politique de l’islam proche de celle de Téhéran.

« Le Hadi qui est responsable de cette attaque n’est pas le Hadi que je connaissais et qui parlait de gentillesse », témoigne son ancien camarade de classe Gabriel Sanchez, 24 ans, au Daily Beast. Il en parle comme d’un « musulman très dévoué » qui aimait lire et jouer au basket, actif en classe. Selon plusieurs médias américains, Hadi Matar possédait un faux permis au moment de l’attaque, au nom de Hassan Mughniyeh. Une double référence à Imad Mughniyeh, fondateur du Hezbollah, et Hassan Nasrallah, l’actuel secrétaire général du Hezbollah, selon Darya Safai, députée belge d’origine iranienne.

Quelles ont été les réactions à cette agression ?

Les hommages et marques de soutiens politiques n’ont pas tardé à fleurir. « Son combat est le nôtre, universel », a lancé sur Twitter le président français Emmanuel Macron assurant être « aujourd’hui, plus que jamais, à ses côtés ». Le Premier ministre britannique Boris Johnson s’est de son côté dit « atterré que Sir Salman Rushdie ait été poignardé alors qu’il exerçait un droit que nous ne devrions jamais cesser de défendre », en allusion à la liberté d’expression.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a déclaré via son porte-parole être « horrifié » par l’attaque, ajoutant « qu’en aucun cas la violence était une réponse aux mots ». « Cet acte de violence est consternant », a estimé le conseiller à la sécurité du président américain Joe Biden, Jake Sullivan. « Rien ne justifie une fatwa, une condamnation à mort », s’est indigné quant à lui Charlie Hebdo, journal satirique français décimé par un attentat islamiste en 2015.

En Iran, l’agresseur a été félicité par plusieurs médias. « Bravo à cet homme courageux et conscient de son devoir qui a attaqué l’apostat et le vicieux Salman Rushdie », écrit le principal quotidien ultraconservateur iranien, Kayhan, dont le patron est nommé par le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. « Baisons la main de celui qui a déchiré le cou de l’ennemi de Dieu avec un couteau », poursuit le texte. Suivant la ligne officielle, l’ensemble des médias iraniens ont qualifié Salman Rushdie d'« apostat », à l’exception d’Etemad, journal réformateur. Le pouvoir iranien n’a pas encore officiellement commenté les faits.