Afghanistan : Un an après le retour des talibans, où en est le pays ?

CONFLIT Douze mois après le retour au pouvoir des talibans, l'Afghanistan se trouve plongé dans une détresse économique et humanitaire importante

M.D. avec AFP
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Des talibans en Afghanistan (Illustration)
Des talibans en Afghanistan (Illustration) — FACELLY/SIPA
  • Après le départ anticipé des troupes américaines d’Afghanistan, les talibans ont pris le contrôle du pays. La prise de Kaboul, le 15 août dernier, marque leur arrivée au pouvoir.
  • Depuis, l’Afghanistan, plongée dans des crises économiques et humanitaires, se trouve au bord du précipice. Des millions d’Afghans vivent sous le seuil de pauvreté.
  • 20 Minutes fait le point sur l'Afghanistan, un an après le retour des talibans.

Le départ anticipé des forces étrangères dirigées par les Etats-Unis a permis aux talibans de prendre le pouvoir le 15 août 2021 en Afghanistan. Leur victoire a mis fin aux combats, offrant un peu de répit au pays détruit par deux décennies de violences. Mais la crise humanitaire s’est rapidement aggravée. Le pays de 38 millions d’habitants se trouve emporté dans un tourbillon de crises financière, économique et humanitaire. Un an après le retour des talibans à Kaboul, l'organisation du groupe islamiste commence donc à se fracturer. 20 Minutes fait le point sur ces un an de régime taliban, qui a bien du mal à faire face aux importantes difficultés que rencontre le pays.

Des avancées politiques « symboliques »

Le modèle taliban a-t-il autant évolué qu’il le prétend ? Peu de temps après avoir pris le pouvoir, les talibans revendiquent un nouveau mode de gouvernance. Ils cherchent à se montrer moins conservateurs que lors de leur première prise du pouvoir (1996-2001). Désormais, les filles peuvent fréquenter l'école primaire, les femmes journalistes interviewent les responsables du gouvernement, et tous les Afghans ont accès à Internet et aux médias sociaux. Autant de mesures qui auraient été impensables lors de la dernière prise de pouvoir des talibans.

Ces avancées restent « symboliques », selon beaucoup d’observateurs. Elles constituent avant tout un moyen d’amadouer l’Occident, dont l’aide extérieure finance l’ Afghanistan depuis vingt ans, et de ne pas se couper du système financier mondial. Les nouvelles autorités afghanes ont d’ailleurs refusé les demandes occidentales en faveur d'un gouvernement inclusif. Récemment, l'assassinat du chef d'Al-Qaida à Kaboul a ravivé les doutes sur l'engagement des talibans à se détacher des groupes extrémistes.

Une grande détresse économique

Après deux décennies passées à convoiter le contrôle du pays, les talibans dirigent la nation au moment où elle est le plus ruinée. L’Afghanistan était déjà en grande détresse économique. Avec l'arrivée des talibans, l’aide étrangère, qui perfusait le pays et représentait 45% du PIB, s’est arrêtée soudainement. Les Etats-Unis ont gelé 7 milliards de dollars d'actifs de la banque centrale et le secteur bancaire s'est effondré. Des millions d'Afghans vivent désormais sous le seuil de pauvreté. Etranglées, des familles ont dû choisir entre vendre leurs filles en bas âge ou leurs organes.

La pauvreté, exacerbée par la sécheresse et la hausse des prix depuis l'invasion de l'Ukraine, atteint les hauts sphères de l'organisation dirigeante. Les gardes talibans reçoivent leurs salaires en retard. Beaucoup retournent dans leurs villages ou au Pakistan pour trouver un autre travail. Les talibans ont bien tenté de diversifier leurs sources de financement, en exploitant du charbon. Mais ces tentatives ont déclenché des luttes au sein du mouvement. Les tensions croissantes risquent d'aggraver le repli conservateur des talibans. 

Les talibans reprennent les cours 

Anciens combattants, anciens poseurs de bombe et membres de l’organisation talibane partagent les bancs de l'école avec de jeunes afghans. Depuis leur prise de pouvoir, les organisations se modernisent. La technologie et les relations publiques font leur apparition dans le quotidien des fonctionnaires de la capitale. Pour être capable de « servir leur pays », plusieurs centaines de jeunes combattants du groupe islamiste ont repris des études, à leur initiative ou à l'instigation de leurs chefs.

L'université Dawat, dans l'ouest de Kaboul, compte par exemple environ 200 talibans inscrits à des cours d'économie-gestion, d'informatique, de droit ou bien de sciences politiques, parmi ses quelques milliers d’étudiants. Tous suivent les cours, obligés, d'éducation religieuse. Ces jeunes talibans semblent plus ouverts sur les droits des femmes que la direction du mouvement islamiste, qui a largement réduit leur place dans l'espace public et leur accès à l'éducation.

Les réfugiés afghans en France

Douze après leur départ d’Afghanistan, des milliers de réfugiés attendent toujours de pouvoir revoir leur famille. Dès la prise de Kaboul, le 15 août 2021, des milliers de personnes ont été évacuées en masse dans le chaos à l’aéroport de la capitale. Depuis août 2021, 4.340 personnes, dont 4.105 Afghans, ont ainsi bénéficié des opérations de rapatriement et d'évacuation. Depuis, ils peinent à faire venir leur famille en France en faisant valoir leur droit à la réunification familiale.

Les évacuations de Kaboul vers la France se poursuivent doucement, dans l’ombre de la crise ukrainienne. C'est ainsi que l'Hexagone a rapidement été épinglé par de nombreuses ONG pour le « deux poids deux mesures » constaté dans l’accueil des réfugiés afghans et ukrainiens. Après avoir appelé en août 2021 à se « protéger contre les flux migratoires irréguliers » générés par l'arrivée au pouvoir des talibans, la France a montré un accueil inconditionnel à la population ukrainienne. 

L’intégration des réfugiés afghans, pour beaucoup encore en hébergement précaire, devrait être un sujet important dans les mois à venir. Mais, pour l’instant, les associations se concentrent sur les personnes qui n’ont pas pu être évacuées.