Allemagne : Un officier de réserve jugé pour espionnage présumé au profit de la Russie

JUSTICE Ce sexagénaire aurait notamment fourni à la Russie des informations sur les réservistes de la Bundeswehr et des éléments sur le chantier du gazoduc Nord Stream 2

20 Minutes avec agences
Le suspect aurait transmis des informations lors de rencontres en tête-à-tête, mais aussi par téléphone et par e-mail (illustration).
Le suspect aurait transmis des informations lors de rencontres en tête-à-tête, mais aussi par téléphone et par e-mail (illustration). — Pixabay / Pixies

Il est accusé d’espionnage entre 2014 et 2020 au profit de la Russie. Un officier de réserve de l’armée allemande comparaît depuis ce jeudi devant la Haute Cour régionale de Düsseldorf. Le parquet fédéral le soupçonne d’avoir fourni aux services de renseignement russes des informations sur les réservistes de la Bundeswehr, la « défense civile » ou encore sur les conséquences de sanctions économiques imposées à Moscou à partir de 2014. L’individu aurait également délivré des éléments sur le chantier du gazoduc controversé Nord Stream 2, reliant la Russie et l’Allemagne et suspendu en février, selon la même source.

A l’ouverture des débats, l’accusé a indiqué qu’il comptait s’exprimer lors de la prochaine audience prévue le 1er septembre, selon une porte-parole de la Haute Cour régionale de Düsseldorf. En cas de condamnation, cet homme de 65 ans, qui aurait agi en raison de sympathies pour la Russie et sans être, selon les médias, rémunéré pour ses services, risque une peine de prison ferme de plusieurs années. Le verdict est attendu pour décembre.

Il a reconnu en partie les faits

Le magazine Der Spiegel affirme que le suspect, présenté comme Ralph G., était en contact avec deux collaborateurs du service de renseignement militaire russe GRU, officiellement accrédités comme attachés militaires en Allemagne. Il a reconnu les faits, selon l’hebdomadaire allemand, mais a assuré ignorer que certains de ses contacts travaillaient pour le Renseignement russe.

Ralph G. était officier de réserve de la Bundeswehr et « dirigeait un commandement de liaison d’arrondissement en tant que chef adjoint », avait détaillé le parquet fédéral au moment de son inculpation en avril. Son activité professionnelle civile, qui n’a pas été précisée jusqu’ici, lui permettait en outre de siéger dans « plusieurs comités de l’économie allemande ».

Des rencontres en tête-à-tête

Entre 2014 et mars 2020, ces deux casquettes ont permis à cet homme de transmettre à « de nombreuses occasions, des documents et des informations provenant en partie de sources publiques, mais aussi de sources non publiques ». Outre des informations sur les sanctions, Nord Stream 2 ou l’armée allemande en général, le suspect a aussi fourni à Moscou « des données personnelles de hauts gradés de la Bundeswehr et de l’économie, dont leurs coordonnées privées », accuse aussi le parquet fédéral.

L’officier de réserve a également livré des extraits d’un projet de livre blanc du gouvernement allemand dans lequel les passages concernant les relations avec la Russie après l’annexion de la Crimée par la Russie avaient été considérablement durcis. La communication avec les Russes avait lieu sous forme de rencontres en tête-à-tête, par téléphone et par e-mail ainsi que par la messagerie WhatsApp, affirme Der Spiegel.

Tensions entre Russes et Occidentaux

Le procès intervient dans un contexte de tensions exacerbées entre la Russie et les Occidentaux depuis l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes le 24 février. Plusieurs affaires d’espionnage présumé ont envenimé ces dernières années les relations entre Moscou et Berlin.

La justice allemande avait ainsi condamné fin octobre un ancien employé d’une société de sécurité informatique à deux ans de prison avec sursis pour avoir transmis des données sur la chambre des députés allemande à la Russie. En avril, elle a également condamné à un an de prison avec sursis un scientifique russe pour avoir espionné le programme spatial européen Ariane pour le compte de Moscou.

Par ailleurs, la Russie est accusée d’un piratage informatique à grande échelle qui a visé en 2015 les ordinateurs du Bundestag et les services de la chancelière d’alors Angela Merkel, ainsi que l’Otan et la chaîne de télévision francophone TV5 Monde.