Etats-Unis : Entendu sur ses pratiques fiscales, Donald Trump a gardé le silence pendant six heures

ENQUETE L'ex-président américain a dénoncé une « chasse aux sorcières », deux jours après la perquisition du FBI

P.B. avec AFP
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Donald Trump lève le point devant la Trump Tower, à New York, après avoir refusé de répondre aux questions de la procureure Letitia James, le 10 août 2022.
Donald Trump lève le point devant la Trump Tower, à New York, après avoir refusé de répondre aux questions de la procureure Letitia James, le 10 août 2022. — AFP

L’ironie ne lui a pas échappé. Alors qu’il avait suggéré, en 2016, que seuls les mafieux exerçaient leur droit à garder le silence, c’est pourtant ce que Donald Trump a fait, mercredi, en refusant de répondre aux questions de la procureure de New York lors d’une audition sous serment pour des soupçons de fraudes financières au sein de son entreprise. Deux jours après une perquisition spectaculaire du FBI chez lui, en Floride, il a dénoncé une « chasse aux sorcières » justifiant son refus de coopérer. Il a gardé le silence pendant six heures. La magistrate, une élue démocrate, a assuré qu’elle « poursuivrait les faits (et l’application) de la loi, où que cela conduise ».

L’ancien président des Etats-Unis est visé depuis 2019, avec deux de ses enfants Ivanka et Donald Jr, par une enquête au civil de la plus haute magistrate de l’Etat de New York, Letitia James. Il a été entendu dans le bureau de Mme James dans la matinée à Manhattan, mais a invoqué le fameux 5e amendement de la Constitution américaine, qui autorise à ne pas témoigner contre soi-même. En 2016, il avait lancé lors d’un meeting, alors que des collaborateurs d’Hillary Clinton avaient refusé de répondre lors d’une enquête parlementaire : « C’est la mafia qui utilise le 5e amendement. Si vous êtes innocents, pourquoi avoir recours au 5e (amendement) ? »

« Vous n’avez pas le choix »

Sur Truth Social, Donald Trump a justifié sa décision : « Quand votre famille, votre entreprise et toutes les personnes dans votre orbite deviennent les cibles d’une chasse aux sorcières politique infondée, vous n’avez pas le choix. » Il explique que s’il hésitait encore récemment, la perquisition du FBI chez lui, lundi, à Mar-a-Lago, l’a convaincu. Selon lui, « notre administration et de nombreux procureurs dans ce pays n’ont plus aucune morale. »


L’enquête au civil contre le groupe familial Trump Organization avait été ouverte après le témoignage explosif au Congrès à Washington d’un des anciens avocats personnels de Donald Trump, Michael Cohen, faisant état d’évaluations frauduleuses, à la hausse ou à la baisse, d’actifs au sein de la Trump Organization, pour décrocher des prêts, obtenir des réductions d’impôts ou de meilleures indemnisations d’assurances.

Letitia James avait assuré en janvier avoir « mis au jour des preuves importantes qui font penser que Donald Trump et la Trump Organization avaient faussement et frauduleusement valorisé nombre d’actifs », notamment des golfs ou le triplex personnel du milliardaire américain, situé dans la Trump Tower à New York.

Des allégations balayées par les avocats de Donald Trump. La procureure générale n’a pas le pouvoir d’inculper Donald Trump mais elle peut engager des poursuites civiles et notamment réclamer des réparations financières. Les faits présumés font aussi l’objet d’une enquête, pénale cette fois, menée par le procureur de Manhattan Alvin Bragg.

Perquisition du FBI

Cette audition survient deux jours après une perquisition sans précédent du domicile de Donald Trump à Mar-a-Lago, en Floride, qui a déclenché une vague d’indignation chez les républicains.

Il a même suggéré sur Truth Social que le FBI puisse avoir « placé » des preuves contre lui lors de l’opération. Jamais un ancien locataire de la Maison Blanche n’avait été inquiété par la justice de cette façon.

La perquisition de la police fédérale a-t-elle à voir avec les nombreux cartons que Donald Trump a emportés avec lui en quittant la Maison Blanche en janvier 2021 ? Est-elle liée à l’enquête sur sa responsabilité dans l’assaut du Capitole ? Concerne-t-elle plutôt les soupçons de fraude financière dont la Trump Organization fait l’objet à New York ?

Ni le ministère de la Justice ni le FBI ni la justice de New York n’ont fait de commentaire cette semaine. Donald Trump, qui flirte ostensiblement avec une nouvelle candidature en 2024, clame son innocence dans toutes ces affaires.