Présidentielle au Kenya : Ere Kenyatta, coût de la vie… Pourquoi ce scrutin est celui du changement

POLITIQUE Ce mardi, le Kenya entame son élection présidentielle… Pour en comprendre les enjeux, 20 Minutes revient sur cinq choses à savoir sur le pays

M.D. avec AFP
Des électeurs se tiennent devant un bureau de vote à Eldoret, au Kenya.
Des électeurs se tiennent devant un bureau de vote à Eldoret, au Kenya. — Brian Inganga/AP/SIPA
  • Ce mardi, le Kenya entame son élection présidentielle. Raila Odinga, un vétéran de l’opposition désormais soutenu par le président sortant, et William Ruto, vice-président, s’affrontent pour le pouvoir.
  • Le nouveau président marquera l’hHistoire en n’appartenant pas à la communauté kikuyu, la première du pays, qui contrôle le sommet de l’Etat depuis vingt ans.
  • 20 Minutes revient sur cinq axes incontournables pour mieux comprendre le Kenya et ce scrutin à forts enjeux.

Depuis six heures du matin, les Kenyans affluent dans les bureaux de vote. Le pays entame sa présidentielle et ses 22,1 millions d’électeurs vont devoir voter six fois pour déterminer l’avenir politique de ce pays. Le scrutin voit s’affronter Raila Odinga, 77 ans, vétéran de l’opposition désormais soutenu par le pouvoir, et William Ruto, 55 ans, vice-président qui fait figure de challenger. 20 Minutes revient sur cinq axes incontournables pour mieux comprendre le Kenya et ce scrutin à forts enjeux.

La présidentielle de la fin d’une ère ?

Quelle que soit l’issue, le nouveau président du Kenya marquera l’Histoire en n’appartenant pas à la communauté kikuyu, la première du pays, qui contrôle le sommet de l’Etat depuis vingt ans. La Constitution empêche le sortant Uhuru Kenyatta, issu de cette lignée, de se représenter après deux mandats. Les deux adversaires se connaissent bien pour avoir été alliés dans le passé. Désormais Raila Odinga, qui occupe la fonction de Premier ministre, forme une alliance surprenante avec le président sortant. Aux dépens du vice-président et dauphin désigné William Ruto. Si aucun des deux adversaires n’obtient mardi plus de 50 % des voix, le Kenya connaîtra pour la toute première fois un second tour dans une élection présidentielle.

La présidentielle du renouveau économique ?

Les experts estiment que le facteur « vote tribal » pourrait être éclipsé par les enjeux économiques liés à ce scrutin, tant la flambée du coût de la vie domine les esprits des quelque 50 millions d’habitants. Le Kenya est l’une des économies les plus dynamiques d’Afrique de l’Est. Avec relativement peu de ressources naturelles mais un dynamisme économique et un secteur des services remarquables, son profil est atypique en Afrique. Le pays repose en grande partie sur l’agriculture, qui constitue plus de 22 % de son PIB et la source principale de ses exportations.

Mais la pandémie de Covid-19, puis la guerre en Ukraine ainsi qu’une sécheresse record, ont durement touché ce poids lourd du continent, qui malgré une croissance dynamique (7,5 % en 2021) reste rongé par une corruption endémique. Golfs et bidonvilles peuvent être mitoyens. Le salaire minimum mensuel est de 15.120 shillings (124 euros). Les prix du carburant et des denrées alimentaires, en particulier de la farine de maïs qui constitue la nourriture de base du pays, ont explosé. Selon l’ONG Oxfam, la fortune des deux Kényans les plus riches est supérieure aux revenus cumulés de 30 % de la population.

La présidentielle de la fin des conflits électoraux ?

Dans la République kényane et ses 46 tribus, l’appartenance ethnique est un facteur-clé dans les isoloirs. Historiquement, la composante ethnique a nourri les conflits électoraux, comme en 2007-2008 quand la contestation des résultats par Raila Odinga avait conduit à des affrontements inter-communautaires faisant plus de 1.100 morts. Le pays reste aussi marqué par la saga électorale de 2017, qui a vu la Cour Suprême invalider le scrutin en raison d’irrégularités, une première en Afrique. Cette fois-ci, excepté un impressionnant flux de désinformation sur les réseaux sociaux, la campagne a été globalement paisible. Quelque 150.000 officiers ont cependant été déployés à travers le pays.

Des sources diplomatiques ont affirmé avoir bon espoir que le calme prévaudrait ce mardi mais ont insisté, dans ce pays marqué par la suspicion de fraudes, sur l’enjeu de la rapidité dans la publication des résultats. Ils sont attendus le 16 août.

La présidentielle qui redorera le blason du Kenya ?

Le Kenya est surnommé « le berceau de l’humanité » mais a depuis quelques années perdu de sa superbe, notamment à cause du spectre des attentats. En 2019, 21 personnes sont mortes dans un nouvel attentat mené contre le complexe hôtelier Dusit, à Nairobi. Pourtant, le pays compte une cinquantaine de parcs et réserves naturelles qui ont attiré 1,5 million de visiteurs en 2021. Parmi ses joyaux, plus de 30.000 girafes et le célèbre « Big five » : lion, éléphant, rhinocéros, buffle et léopard.

Mais le Kenya compte parmi ses habitants, des artistes ou athlètes majeurs de la scène internationale. Wangari Maathai, une des ambassadrices les plus connues de la biodiversité kényane, a été récompensée en 2004 par le prix Nobel de la paix. Le pays fait également partie des grandes nations de la course de fond et demi-fond, avec des champions comme Eliud Kipchoge ou Faith Kipyegon.

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Le sprinter Ferdinand Omanyala s’est également fait un nom au pays des coureurs de fond, en signant le record d’Afrique du 100 m en 2021 (9.77), puis en réalisant la troisième meilleure performance mondiale en 2022 (9.85). Mais l’ombre du dopage plane régulièrement. Le pays a été à deux doigts de l’exclusion des Jeux de Rio en 2016 avant d’annoncer l’introduction de mesures spécifiques comme l’adoption d’une loi antidopage.