La France aurait violé le protocole de Minsk en livrant des armes à l’Ukraine comme l’a révélé Gabriel Attal ? C’est faux

FAKE OFF Le protocole de Minsk et les accords qui ont suivi n’interdisaient pas la vente ou la fourniture d’armes à l’Ukraine

Romarik Le Dourneuf
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Les pays occidentaux fournissent une grande quantité d'armes à l'armée ukrainienne depuis le début du conflit (Illustration).
Les pays occidentaux fournissent une grande quantité d'armes à l'armée ukrainienne depuis le début du conflit (Illustration). — Sergei SUPINSKY / AFP
  • De nombreuses internautes partagent une vidéo de Gabriel Attal, ministre délégué, en charge des Comptes publics, dans laquelle, alors porte-parole, il avouerait que la France a violé le protocole de Minsk en vendant des armes à l’Ukraine après 2014.
  • Le protocole de Minsk, suivi d’un mémorandum de suivi et de Minsk II, regroupe des accords afin d’apaiser la situation entre la Russie, l’Ukraine et les séparatistes à partir de 2014.
  • Aucun de ces accords ne stipule qu’il est interdit de vendre ou de fournir des armes à l’Ukraine.

Gabriel Attal a-t-il fait une bourde ? Selon de nombreux internautes, le ministre délégué, chargé des Comptes publics aurait révélé, lors d’une conférence de presse, une information capitale : la France livre des armes à l’Ukraine  depuis 2014.

Si la vidéo date du 13 avril dernier, elle ressort depuis samedi sur les réseaux sociaux. Alors porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal avait déclaré : « Depuis 2014, et le début de ce conflit militairement (sic), la France a été le premier fournisseur d’armes en direction des Ukrainiens. »

De nombreux internautes dénoncent une violation du Protocole de Minsk par la France.
De nombreux internautes dénoncent une violation du Protocole de Minsk par la France. - Captures d'écran

Une information capitale pour ces internautes qui avancent qu’en la révélant, le ministre aurait avoué la violation par la France du protocole de Minsk, l’accord signé le 5 septembre 2014 et destiné à mettre fin à la guerre du Donbass. Beaucoup y voient même un encouragement à la poursuite des combats en Ukraine orientale qui aurait mené à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Mais c’est faux.

FAKE OFF

Le protocole de Minsk a été signé par les représentants de l’Ukraine, de la Russie et des insurgés des « républiques populaires autoproclamées » de Donetsk et Lougansk afin de mettre un terme aux combats qui faisaient rage dans l’Est du pays depuis le mois de février 2014, communément appelés « guerre du Donbass ».

Cet accord, formulé par des représentants des deux pays ainsi que ceux de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), comporte douze points (disponible sur le site du ministère des Affaires étrangères). Cessez-le-feu immédiat et bilatéral, libération des otages, poursuite du dialogue, surveillance des frontières, situation humanitaire… ces points étaient destinés à assurer un retour à une situation apaisée. Un seul point, le numéro 10, parle ouvertement des armes : « Procéder au retrait du territoire ukrainien des formations armées et du matériel militaire illicites, ainsi que des combattants irréguliers et des mercenaires. »

Les douze points initiaux du Protocole de Minsk.
Les douze points initiaux du Protocole de Minsk. - Capture d'écran / Ministère des Affaires étrangères

Plusieurs accords signés…

Après plusieurs violations du cessez-le-feu dans les jours qui suivirent la signature du protocole, un mémorandum de suivi est convenu par les parties le 19 septembre 2014. Celui-ci cible plus les combats et les armes avec un point en particulier : « suppression de toutes les armes lourdes dans une zone de quinze kilomètres derrière la ligne de contact, par chaque partie du conflit, afin de créer une zone démilitarisée de trente kilomètres de large en tout. »

Face à l’échec de ces résolutions, un nouveau sommet, appelé Minsk II, est organisé dans la capitale biélorusse en février 2015 afin de poursuivre les négociations. Si les mesures sont confirmées, de nouvelles, plus fermes apparaissent comme le pardon et l’amnistie, l’échange de prisonniers ou le retrait des troupes étrangères. Mais rien de nouveau au sujet des armes.

Mais aucun n’interdit la vente d’armes

De tous ces accords, communément appelés le protocole de Minsk, aucun n’interdit la vente ou la fourniture d’armes à l’Ukraine à partir de 2014. La France n’a donc pas violé ces accords, contrairement aux allégations partagées sur les réseaux sociaux.

Ces internautes confondent peut-être avec la vente d’équipements militaires de pointe à la Russie par la France, malgré un embargo européen, de 2015 à 2020, révélée par une enquête de nos confrères de Disclose en mars dernier…