Gaza : Retour sur un week-end sanglant, pire accès de violence depuis 2021

ON REMBOBINE Le calme est enfin revenu entre Israël et le Djihad islamique grâce à l’accord d’une trêve dimanche, après trois jours de violentes hostilités

C.d.S avec AFP
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De la fumée s'élève après des frappes aériennes israéliennes sur un immeuble résidentiel à Gaza, dimanche 7 août 2022.
De la fumée s'élève après des frappes aériennes israéliennes sur un immeuble résidentiel à Gaza, dimanche 7 août 2022. — Adel Hana/AP/SIPA
  • Les hostilités entre le Djihad islamique et l'Etat d'Israël, qui ont duré trois jours, ont coûté la vie à 44 Paslestiniens, parmi lesquelles 15 enfants.
  • Une trêve a finalement été négociée dimanche soir grâce à l'Egypte, mettant fin aux tirs de roquettes depuis Gaza et aux raids israéliens.
  • Retour sur le déroulé de ces trois jours sanglants, le pire accès de violence local depuis une courte guerre l’année dernière.

Nouveau week-end sanglant en Palestine. Des affrontements entre le Djihad islamique et l’Etat d’Israël ont commencé vendredi et se sont perpétrés durant tout le week-end jusqu’à l’accord d’une trêve décidée dimanche, négociée par l’Egypte, intermédiaire historique entre Israël et les Palestiniens. Des dizaines de morts et des centaines de blessés du côté de Gaza, et trois blessés sur le territoire hébreu, c’est le bilan funeste de ces trois jours d’hostilités.

Ces raids sur le territoire de 2,3 millions d’habitants, sous blocus israélien, sont survenus après l’arrestation lundi 1er août d’un chef du Djihad islamique en Cisjordanie occupée, Bassem Saadi. Depuis, les autorités israéliennes craignaient des attaques en représailles en provenance de Gaza. 20 Minutes revient sur les événements qui ont secoué la région.

Vendredi : Tirs d’Israël sur le Djihad islamique et réplique palestinienne

Vers 16 heures vendredi, le Djihad islamique annonce la mort d’un de ses chefs, Tayssir al-Jabari, et de quatre autres personnes, dont une fillette de 5 ans, tués dans des raids israéliens. Quelques heures plus tard, le bilan monte à dix morts et 75 blessés. De son côté, Israël affirme avoir abattu 15 combattants du groupe listé comme terroriste par Israël, l’Union européenne et les Etats-Unis.

La première salve de frappes vise notamment un quartier résidentiel dans le centre de la ville de Gaza. Des journalistes de l’AFP constatent des blessés en train d’être évacués par les services de secours, des pompiers s’activer pour éteindre des incendies et des habitants se presser dans des morgues.

Les représailles sont attendues du côté de l’Etat hébreu qui prévient, par ailleurs, que d’autres raids sont en préparation pour cibler Gaza. « L’ennemi sioniste a commencé cette agression et doit s’attendre à ce que nous nous battions sans relâche », menace le secrétaire général du Djihad islamique, Ziad al-Nakhala, dans un entretien avec la télévision libanaise Al-Mayadeen, à Téhéran, la capitale iranienne. « Israël a mené une opération de contreterrorisme précise contre une menace immédiate, justifie de son côté le Premier ministre israélien Yaïr Lapid à la télévision. Le Djihad islamique est un supplétif de l’Iran qui veut détruire l’Etat d’Israël et tuer des Israéliens innocents. (…) Nous ferons tout ce qu’il faut pour défendre notre peuple. »

La tension grimpe au cours de la journée. Israël envoie de nouveaux raids dans cette « opération préventive ». De son côté, les brigades Al-Qods, branche du groupe visé, déclare avoir tiré une centaine de roquettes depuis Gaza vers Israël. L’Etat hébreu fait état pour sa part de 70 projectiles tirés depuis l’enclave palestinienne, dont onze ont atterri à l’intérieur dans Gaza. Les roquettes restantes sont interceptées par le bouclier antimissile israélien ou tombent dans des zones inhabitées en Israël.

Samedi : Les hostilités se poursuivent

Le monde assiste, impuissant, au pire accès de violence local depuis une courte guerre l’année dernière. Aux premières heures samedi, les raids israéliens se poursuivent, tandis que l’Egypte s’efforce d’établir une médiation. Le bilan s’alourdit côté palestinien qui déplore désormais 79 blessés dans les raids, et 11 morts. Les tirs en provenance de Gaza se poursuivent également, mais sans faire de victime ni dégât, d’après l’armée israélienne.

Dans la logique de neutraliser la menace, Israël en parallèle des raids en Cisjordanie qui aboutissent à l’arrestation de « 20 personnes », « dont 19 sont des membres associés à l’organisation palestinienne terroriste du Djihad islamique », selon l’armée israélienne dans un communiqué. Et elle ne compte pas s’arrêter là prévoyant une opération qui doit durer une semaine sur Gaza, rejetant toute négociation.

Dans la soirée, le ministère de la Santé dans l’enclave palestinienne annonce un nouveau bilan : vingt-quatre personnes dont six enfants sont mortes dans la bande de Gaza depuis le début de la flambée de violences et 215 ont été blessées. Les autorités israéliennes contredisent ce bilan et assurent que plusieurs enfants palestiniens ont été tués samedi soir par un tir de roquette raté du Djihad islamique vers Israël, et non par l’armée. En représailles, environ 400 projectiles – roquettes et obus de mortiers – ont été lancés en vingt-quatre heures depuis Gaza, d’après un responsable israélien faisant deux blessés légers.

Dimanche : Le bilan s’alourdit mais une trêve est négociée

Deuxième victoire pour Tel-Aviv. Oded Basiok, le chef de la direction des opérations de l’armée de l’Etat hébreu, affirme dans la nuit de samedi à dimanche que « la haute direction de l’aile militaire du Djihad islamique à Gaza a été neutralisée ». L’opération se poursuit également en Cisjordanie où une vingtaine de membres du groupe ont été arrêtés dans la nuit par les forces de sécurité israéliennes.

Du côté palestinien, les cadavres s’additionnent. On compte désormais 31 personnes dont six enfants tuées dans la bande de Gaza depuis le début de la flambée de violences selon le ministère de la Santé dans l’enclave palestinienne, qui précise que les frappes israéliennes ont également fait 215 blessés. En représailles, des roquettes sont tirées sur Jérusalem.

Alors qu’Israël accepte les conditions d’une trêve négociée par l’Egypte dans l’après-midi, des raids se poursuivent sur Gaza en attendant la réponse du Djihad islamique et le bilan est de plus en plus lourd : désormais « 41 Palestiniens sont tombés en martyrs dont 15 enfants et quatre femmes, et 311 ont été blessés » dans la bande de Gaza, selon le ministère de la Santé. Quelques heures plus tard, il monte à 43 morts. Mais la promesse d’un retour au calme est actée. Le Djihad islamique accepte la trêve proposée qui doit commencer dans la soirée. Le groupe se réserve néanmoins « le droit de répondre à toute [nouvelle] agression » israélienne.

La trêve n’est toutefois pas respectée. L’armée israélienne affirme avoir mené des frappes sur des positions du Djihad islamique à Gaza, quelques minutes après l’entrée en vigueur de l’accord, accusant l’ennemi d’avoir tiré des roquettes. Le calme est revenu par la suite, jusqu’à la réouverture, lundi matin des points de passage entre l’Etat hébreu et la bande de Gaza « pour des besoins humanitaires ». Pendant ces trois jours, « 44 Palestiniens sont tombés en martyrs dont 15 enfants » et « 360 ont été blessés », selon un dernier bilan du ministère, qui a fait en outre état d’immeubles entiers détruits dans les frappes. Côté israélien, on compte trois blessés.