Iran: «Les slogans sont sur les pancartes car c'est autorisé»

TEMOIGNAGE Un Iranien raconte la manifestation de mercredi à 20minutes.fr...

Propos recueillis par Julien Ménielle

— 

Des manifestants pendant la marche silencieuse du 17 juin 2009 à Téhéran.
Des manifestants pendant la marche silencieuse du 17 juin 2009 à Téhéran. — Fars News/REUTERS

«Ce qui frappe, c'est le silence.» A Téhéran, Shayan* a assisté à la marche de protestation de mercredi. Depuis l'annonce de la réélection de Mahmoud Amadinejad à la présidentielle iranienne, les opposants sont dans la rue. A l'appel de Mir Hossein Moussavi, candidat malheureux, ils réclament l'annulation du scrutin, sur lequel pèsent de lourds soupçons de fraude. Des manifestations un temps marquées par la violence et la répression.

«Soukout!»

«Cette fois, tout a été très calme, et on n'a pratiquement pas vu la police», raconte Shayan*. La police qui, selon lui, n'est pas la principale responsable des violences. «Les Bassidj, les milices islamiques ou encore les partisans d'Ahmadinejad sont les plus actifs», juge-t-il. Aussi, pour éviter de se mettre hors-la-loi, les manifestants ont-ils imposé un mot d'ordre.

«Soukout!» Silence. Shayan* décrit les «chut» sévères qui fusent dès que des manifestants s'avisent d'entamer une discussion. «Les slogans sont sur les pancartes car c'est autorisé. Pour le reste, il est interdit de critiquer le régime verbalement», explique-t-il. En organisant des marches silencieuses, les opposants évitent de prêter le flanc à la répression.

La peur des espoirs déçus

Mais qu'on ne s'y trompe pas. Même sans mot souffler, le peuple iranien exprime son «ras-le-bol» et son «mal de vivre», assure Shayan*. Selon lui, il s'agit davantage de l'expression d'une opposition que d'un véritable espoir fondé sur Moussavi. «Les gens ont envie d'y croire, estime-t-il, mais il y a eu l'exemple de Khatami», qui n'était pas parvenu à changer les institutions au cours de son mandat présidentiel malgré les attentes qu'il avait suscitées.

Malgré la mobilisation massive, déjà, des questions circulent dans les rangs des opposants. «Le guide suprême peut-il vraiment se décrédibiliser en demandant de nouvelles élections?», se demande notamment Shayan*. Sans annoncer l'essoufflement du mouvement, il raconte que certains commencent à retourner travailler. D'autant que le bruit court que «dans les prochains jours, la ville sera militarisée, et qu'un couvre-feu sera instauré».

* Le prénom a été modifié