Côte d’Ivoire : Alassane Ouattara accorde la grâce présidentielle à son ancien rival Laurent Gbagbo

APAISEMENT L’ancien président était sous le coup en Côte d’Ivoire d’une condamnation à 20 ans de prison pour « le braquage » de la BCEAO pendant la crise de 2010-2011

20 Minutes avec AFP
Le président ivoirien Alassane Ouattara (à gauche) et Laurent Gbagbo, au palais présidentiel à Abidjan le 14 juillet 2022.
Le président ivoirien Alassane Ouattara (à gauche) et Laurent Gbagbo, au palais présidentiel à Abidjan le 14 juillet 2022. — AFP

La Côte d’Ivoire fait un nouveau pas vers l’apaisement. Pour tourner la page de la violence politique, le président Alassane Ouattara a accordé samedi sa grâce à son prédécesseur et ancien rival Laurent Gbagbo.

« Dans le souci de renforcer la cohésion sociale, j’ai signé un décret accordant la grâce présidentielle à M. Laurent Gbagbo », a déclaré Alassane Ouattara dans un discours à l’occasion du 62e anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire. Le chef de l’Etat a également annoncé avoir demandé « qu’il soit procédé au dégel de ses comptes et au paiement de ses arriérés de rentes viagères ».

Gbagbo jamais inquiété depuis son retour

Il a en outre indiqué avoir signé un décret accordant « la libération conditionnelle » à deux anciennes figures de l’appareil militaire et sécuritaire du régime de Laurent Gbagbo, condamnées pour leur rôle dans la crise de 2010-2011. Il s’agit du vice-amiral Vagba Faussignaux, ex-patron de la Marine, et du commandant Jean-Noël Abéhi, ancien chef de l’escadron blindé de la gendarmerie du camp d’Agban, à Abidjan.

Laurent Gbagbo, 77 ans, définitivement acquitté en mars 2021 de crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye où il avait été transféré fin 2011, est rentré dans son pays le 17 juin 2021 avec le feu vert d’Alassane Ouattara. Sans jamais avoir été inquiété depuis son retour, il restait néanmoins sous le coup en Côte d’Ivoire d’une condamnation à 20 ans de prison pour « le braquage » de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pendant la crise de 2010-2011. Celle-ci était née de son refus de reconnaître la victoire de Ouattara à la présidentielle de fin 2010 qui avait entraîné des violences ayant fait quelque 3.000 morts jusqu’à l’arrestation de Gbagbo à Abidjan en avril 2011.

La grâce arrive peu après une rencontre le 14 juillet entre Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo et un autre ancien président, Henri Konan Bédié, tous deux opposants. « Une rencontre fraternelle » au cours de laquelle « nous avons échangé, dans une atmosphère conviviale, sur des questions d’intérêt national et sur les voies et moyens de consolider la paix dans notre pays », a affirmé samedi le chef de l’Etat. Les deux anciens présidents ont en outre été invités à participer ce dimanche aux célébrations de la fête de l’indépendance à Yamoussoukro.

Un « dialogue politique » pour éviter la violence

Avant même l’acquittement définitif de Laurent Gbagbo par la CPI, l’apaisement avait commencé à l’occasion des législatives de mars 2021 qui s’étaient déroulées sans incident majeur. Remportées par le parti présidentiel, elles avaient néanmoins permis le retour de l’opposition à l’Assemblée nationale, dont les partisans de Laurent Gbagbo qui boycottaient tous les scrutins depuis sa défaite de 2010 après dix ans de pouvoir. Un « dialogue politique » rassemblant le gouvernement, les partis politiques et des organisations de la société civile s’est ouvert en vue de permettre que les prochains scrutins locaux de 2023 et la présidentielle de 2025 se déroulent sans violence.