Violences à Gaza : Après des échanges de tirs meurtriers, Israël envisage « une semaine » de raids

CONFLIT C'est la pire flambée de violence depuis une guerre-éclair l’an dernier

B.D. avec AFP
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Un immeuble bombardé par l'armée israélienne, à Gaza City, le 6 août 2022.
Un immeuble bombardé par l'armée israélienne, à Gaza City, le 6 août 2022. — Fatima Shbair/AP/SIPA

La tension est à son comble en Palestine. L’armée israélienne a assuré samedi soir avoir « neutralisé » les chefs « militaires » du groupe Djihad islamique à Gaza, lors d’opérations qui ont, selon un dernier bilan révisé ce dimanche du ministère de la Santé dans l’enclave palestinienne, fait 29 morts, dont six enfants, et 253 blessés. L’armée israélienne, qui contredit ce bilan, a par ailleurs annoncé se préparer à « une semaine » de raids sur la bande de Gaza.

La pire flambée de violence entre les deux ennemis depuis une guerre-éclair l’an dernier a déjà privé la petite langue de terre coincée entre l’Egypte, la Méditerranée et Israël et ses 2,3 millions d’habitants de leur unique centrale électrique. Elle « a cessé (de fonctionner) en raison d’une pénurie » de carburant, a indiqué samedi la compagnie d’électricité après que l’Etat hébreu a bouclé ses passages frontaliers ces derniers jours, interrompant de fait les livraisons de diesel.

Le Caire s’efforce d’établir une médiation

D’un côté de la frontière, les alertes aux roquettes continuent de retentir dans des localités israéliennes adjacentes au territoire palestinien. De l’autre, la ville de Gaza est comme paralysée, entre rues désertes et magasins fermés. Et aucune issue ne semble poindre. Un porte-parole militaire israélien a assuré que l’armée « ne mène pas actuellement de négociations en vue d’un cessez-le-feu ». Plus tôt, pourtant, des responsables égyptiens avaient indiqué que Le Caire, intermédiaire historique entre Israël et les groupes armés de Gaza, s’efforçait d’établir une médiation et pourrait accueillir une délégation du Djihad islamique dès ce samedi.

L’armée israélienne assure viser des sites appartenant au Djihad islamique. Quinze de ses combattants ont été tués depuis vendredi après-midi, estime l’armée. Les tirs en provenance de Gaza – une « première réponse » à l’assassinat d’un des chefs du Djihad islamique, Tayssir Al-Jabari, dans une frappe israélienne, selon la branche armée du mouvement, les brigades Al-Qods – n’ont pour l’heure fait ni victime ni dégât, la plupart des roquettes étant interceptées par le bouclier antimissile, selon l’armée israélienne.

Arrestations en Cisjordanie

Dans la nuit, les forces israéliennes ont également arrêté en Cisjordanie, territoire occupé depuis 1967 par l’Etat hébreu, 19 membres du Djihad islamique – considéré comme terroriste par Israël, les Etats-Unis et l’Union européenne. C’est l’arrestation d’un chef du groupe en Cisjordanie occupée, en début de semaine, qui a mené à cette nouvelle confrontation armée. Les autorités israéliennes, disant redouter des représailles, ont affirmé lancer une « attaque préventive » à Gaza, où le Djihad islamique est bien implanté.

Il s’agit de la pire confrontation entre l’Etat hébreu et des organisations armées de Gaza depuis la guerre de onze jours en mai 2021, qui avait fait 260 morts côté palestinien, parmi lesquels des combattants, et 14 morts en Israël, dont un soldat, d’après les autorités locales. Le Djihad islamique a exclu ce samedi l’option d’un cessez-le-feu, disant « se concentrer sur le terrain ». Après les premiers raids, l’organisation a accusé l’Etat hébreu d’avoir « déclenché une guerre ». Son secrétaire général, Ziad al-Nakhala, a assuré qu’elle se battrait « sans relâche », dans un entretien avec la télévision libanaise Al-Mayadeen, à Téhéran.

« Menace immédiate »

« Israël a mené une opération de contre-terrorisme précise contre une menace immédiate », a déclaré vendredi le Premier ministre israélien, Yaïr Lapid, à la télévision, accusant le groupe armé d’être « un supplétif de l’Iran » voulant « tuer des Israéliens innocents ». « Nous ferons tout ce qu’il faut pour défendre notre peuple », a-t-il assuré.

La Ligue arabe a condamné « la féroce agression israélienne », tandis que la Jordanie voisine d’Israël et de la Cisjordanie a « souligné l’importance de mettre fin » à cette « agression ». L’Union européenne suit avec une « vive inquiétude » les violences dans la bande de Gaza et appelle toutes les parties à un « maximum de retenue » afin d’éviter une nouvelle escalade, a déclaré ce samedi Peter Stano, le porte-parole du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.


La ministre britannique des Affaires étrangères, Liz Truss, a soutenu le droit d’Israël à « se défendre » et a appelé à « une fin rapide de la violence », dans un communiqué sur Twitter. « Nous condamnons les groupes terroristes qui ouvrent le feu sur des civils et la violence qui a fait des victimes des deux côtés », a dit Liz Truss, par ailleurs en campagne pour succéder à Boris Johnson à la tête du gouvernement britannique.

De son côté, la Russie s’est dite « profondément inquiète » des violences, « qui peuvent entraîner une reprise de la confrontation militaire à grande échelle et aggraver encore la situation humanitaire déjà déplorable à Gaza ». La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a appelé dans un communiqué « toutes les parties impliquées à faire preuve d’une retenue maximale ».

Le général Hossein Salami, chef des Gardiens de la Révolution iraniens, a affirmé que les Palestiniens n’étaient « pas seuls » dans leur lutte contre Israël. « Aujourd’hui, toutes les capacités du djihad contre les sionistes sont sur place en formation unie pour travailler afin de libérer Jérusalem et faire respecter les droits des Palestiniens », a-t-il déclaré, selon un communiqué publié sur le site des Gardiens, Sepah News.

« Nous sommes avec vous jusqu’au bout sur cette voie, et faites savoir à la Palestine et aux Palestiniens qu’ils ne sont pas seuls », a-t-il aussi dit au secrétaire général du Djihad islamique, Ziad al-Nakhala, en visite en Iran. Selon le général Salami, la « puissance de la résistance palestinienne » est plus développée qu’avant et les formations armées ont désormais la capacité de « mener des guerres de grande ampleur ». Le président iranien, Ebrahim Raïssi, a pour sa part déclaré dans un communiqué qu’Israël avait « de nouveau montré au monde sa nature d’occupant et d’agresseur ».

En 2019, la mort d’un commandant du Djihad islamique dans une opération israélienne avait donné lieu à plusieurs jours d’échanges de tirs meurtriers entre ce groupe et Israël. Le Hamas, qui a combattu Israël lors de quatre guerres depuis sa prise du pouvoir en 2007, s’était lui tenu à distance. L’Etat hébreu impose depuis 2007 un strict blocus à Gaza, minée par la pauvreté et le chômage.

Depuis mardi, il a en plus fermé tous ses passages frontaliers, contraignant les milliers de Gazaouis titulaires de permis de travail en Israël à rester chez eux. Et empêchant également une cinquantaine de personnes quittant normalement quotidiennement l’enclave pour des soins, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).