Un skipper français miraculé après avoir passé seize heures sous la coque de son voilier renversé

SAUVETAGE « Le bateau a commencé à s’enfoncer et l’eau rentrait. Je me suis dit : "là on n’est pas bien" », a confié le skipper français sauvé in extremis

20 Minutes avec agences
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Le skipper français Laurent Camprubi a été secouru in extremis au large des côtes du nord de l'Espagne.
Le skipper français Laurent Camprubi a été secouru in extremis au large des côtes du nord de l'Espagne. — Handout / SALVAMENTO MARITIMO

Le sauvetage de Laurent Camprubi tient du miracle. Le skipper français a passé une nuit en pleine mer, coincé sous son voilier renversé, dans une poche d’air de 30 centimètres. Il a été secouru in extremis au large des côtes du nord de l'Espagne, ce mardi. « Un sauvetage à la limite de l’impossible ». Voilà comment « Salvamento Maritimo », le service espagnol de secours en mer, a décrit sur Facebook cette opération périlleuse, alors que le bateau du navigateur avait chaviré dans l’Atlantique en plein parcours qualificatif pour la Route du Rhum 2022.

Le Marseillais de 62 ans, habitué des grandes courses au large, se trouvait à 14 milles (22 kilomètres) du petit archipel des Sisargas, au large de la Galice (nord-ouest de l’Espagne), quand il a déclenché sa balise de détresse lundi à 20h30. « La mer était agitée, difficile, avec un vent d’une trentaine de nœuds, mais le bateau marchait bien. J’étais au repos dans le cockpit quand j’ai tapé violemment sur l’eau : le bateau a commencé à s’incliner et j’ai compris que j’avais perdu la quille », a-t-il raconté à l’AFP.

L’accès au cockpit était impossible

En quelques secondes, je me suis retrouvé à l’envers. Le bateau a commencé à s’enfoncer et l’eau rentrait. Je me suis dit : là on n’est pas bien », a poursuivi le navigateur, qui dit s’être « mis dans un coin, accroupi », en attendant les secours. « Mes heures étaient comptées » car l’espace libre « diminuait petit à petit ». Mobilisés à bord d’un navire, épaulé par trois hélicoptères, les secours espagnols parviennent à localiser le voilier deux heures environ après son accident. Il était « la quille à l’envers » dans l’obscurité, ballotté par de hautes vagues, explique le Salvamento Maritimo.

Déposé à l’aide d’un hélicoptère sur le bateau, l’un des secouristes frappe alors sur la coque. Il perçoit des « coups en retour » qui lui font comprendre « qu’il y a une personne coincée à l’intérieur », raconte le service de secours en mer, qui assure que l’émotion est alors « montée en flèche ».

A cet instant, la mer est houleuse. Et l’accès au cockpit, quasiment impossible. Les secouristes décident donc d’installer des bouées de renflouement pour empêcher le bateau de couler. Il a fallu travailler de façon « frénétique » pour sécuriser le navire, assure le patron du navire de secours, Rodrigo Piñeiro.

« Il fallait tenir » dans 30 centimètres d’air

Au petit matin, des plongeurs munis de lampes torches parviennent finalement à pénétrer sous la coque, où ils aperçoivent une botte rouge. « La réaction immédiate a été de la toucher et le pied s’est retiré instantanément », expliquent les sauveteurs, qui ont alors tendu une perche que Laurent Camprubi a aussitôt attrapée.

Pour ce dernier, c’est la délivrance. « Je savais qu’ils étaient là, mais il fallait tenir », confie le navigateur, qui s’est alors jeté à l’eau : « j’ai pris ma respiration et je suis sorti en apnée : il y avait deux mètres à faire pour passer sous la porte, puis quatre pour sortir du cockpit ». Il est alors 12 heures et Laurent Camprubi vient de passer près de seize heures « dans à peine 30 centimètres d’air », selon les sauveteurs espagnols. En état de choc, mais indemne, le navigateur est évacué par hélicoptère vers un hôpital de La Corogne, en Galice.

Là-bas, « j’ai passé une série d’examens : j’étais à 34,5 degrés et très déshydraté, mais ça va mieux maintenant », confie le skipper, resté à La Corogne pour superviser le renflouage de son bateau, mais qui s’apprête à rentrer en France pour retrouver sa femme et ses enfants.

« J’ai eu peur pour mes proches »

« Je vais mettre en pause mon projet de Route du Rhum (…) Je vais continuer à naviguer » mais « j’ai eu peur pour mes proches et je ne veux plus que cela arrive », confie le navigateur, qui possède à son palmarès plusieurs victoires à des régates, notamment sur la Rolex Giraglia, en Méditerranée.

Dans un communiqué, les services de secours espagnols ont salué le courage du navigateur ainsi que ses « connaissances », « qui lui ont permis d’attendre calmement » l’arrivée des secours. « Chaque vie sauvée est notre plus belle récompense », ont-ils tweeté. Le Marseillais a rendu hommage de son côté aux plongeurs qui l’ont sauvé : « ce sont des moments que je ne vais jamais oublier ».